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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


17 février 2022 - Concert Elsa Dreisig au Théâtre des Champs Elysées

Publié par Jean Luc sur 20 Février 2022, 14:00pm

Catégories : #Concert soprano

Il y a quelque chose de touchant, voire de légèrement séduisant dans la volonté affichée d’Elsa Dreisig de casser (un peu) les codes du concert lyrique. A commencer par des tenues décalées : robe rose poudré courte très teenager et baskets à paillettes de même couleur pour la première partie et complet d’intérieur noir pour la seconde. L’attitude aussi se veut en décalage : assise au pied d’un violoniste ou en bord de scène, jambes ballantes, ou encore déambulant au milieu de l’orchestre ou entrant à reculons sur scène. Tout ceci manque toutefois de construction (on citera comme seul exemple – mais on pourrait les multiplier - le décalage entre la tenue vestimentaire et la déploration d’une Comtesse qui n’est plus Rosine). Le résultat en est assez naïf.

Le choix et la construction du programme sont également assez problématiques. Dans ses deux premières interventions, Elsa Dreisig donne à entendre une voix claire, très naturelle, très bien projetée. Et ces interprétations de Susana et de Cherubino sont assez réussies même si on trouve que Susana manque de sensualité et que Cherubino n’est pas suffisamment l’adolescent bourré d’hormones que décrit Mozart. Mais l’enchaînement sans pause de ces deux rôles avec « Dove sono » souligne cruellement l’insuffisante caractérisation des personnages et donne des signaux inquiétants pour cette voix, avec un vibrato très lourd dans l’aigu, quelques graves détimbrés voire assez laids et une grande difficulté à alléger l’émission pour les piani requis. Le récitatif de l’air de Fiordigli est très bien maitrisé mais le « Come scoglio » met en évidence les mêmes limites que celles qu’on percevait dans l’air de la Comtesse.

On retrouvera mêmes qualités et mêmes défauts dans Don Giovanni en deuxième partie ou la succession de Dona Elvira et de Zerlina montre les défauts de caractérisation. Sans parler de nombreux décalages avec l’orchestre dans « Mi tradi ». En revanche, le « Pupille amate » est un petit joyau et l’air d’Elettra de Idoménée est très investi, vecteur d’émotion. A ce stade, on se demande vraiment si Elsa Dreisig, dont le timbre est séduisant dans Mozart, n’aurait pas dû se limiter aux opéras seria.

Il faut reconnaître que l’orchestre de Chambre de Bâle, sous la direction de son premier violon, n’était pas très aidant. Si on a pu trouver une belle énergie dans les pièces orchestrales, on a rapidement eu le sentiment que jouer fortissimo et prestissimo était revendiqué, au détriment de l’émotion et de l’attention à la soprano. L’exécution de la 38ème symphonie illustrait totalement ce défaut d’inspiration, émaillée de décalages importants et semblant vouloir démontrer une proximité avec les symphonies de Beethoven… En revanche, pour l’orchestre également les deux ouvertures d’opera seria de fin de programme étaient très belles.

Le public, somme toute assez peu nombreux, a réservé une belle ovation à Elsa Dreisig mais a dû, après ce programme copieux, se contenter d’un seul bis, interprété de façon mutine par Elsa Dreisg, l’air de Despina « In uomini, in soldati... » de Cosi.

Crédits photographiques : © JY Grandin

 

Programme et distribution :

Elsa Dreisig, soprano

Orchestre de Chambre de Bâle

1er violon et direction : Baptiste Lopez

 

Mozart (1756-1791)

Les Noces de Figaro (1786)

  • Ouverture
  • « Giunse alfin il momento... Deh vieni, non tardar » (Suzana)
  • « Voi che sapete » (Cherubino)
  • « E Susanna non vien... Dove sono », La Comtessa)

Symphonie n° 38 K. 504 « Prague » (1786)

Cosi fan tutte (1790)

  • « Temerari... Come scoglio », (Fiordigli)

Don Giovanni (1787)

                - Ouverture

- « In quale eccessi... Mi tradi » (Elvira)

- « Vedrai, carino » (Zerlina)

 

Lucio Silla (1772)

  • Ouverture
  • « Pupille amate » (Cecilio)

Idoménée (1781)

  • Ouverture
  • « Estinto è Idomeneo... Tutte nel cor vi sento » (Elettra)

BIS :

Cosi fan tutte : « In uomini, in soldati, sperare fedelta » (Despina)

17 février 2022 - Concert Elsa Dreisig au Théâtre des Champs Elysées
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