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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


19 février 2014 - La Favorite au théâtre du Capitole

Publié par Bruno sur 16 Mars 2014, 08:16am

Catégories : #Opera mis en scene

Merci Bruno pour cette contribution !

Une heureuse résurrection

Force est de constater que les scènes lyriques nous proposent régulièrement à l'affiche les mêmes oeuvres dont les enregistrements abondent par ailleurs dans les rayons des disquaires, écartant ainsi des pans entiers du répertoire. C'est pourquoi il convient de saluer l'audace bienvenue du Capitole de Toulouse, qui proposait l'autre soir une Favorite de Donizetti, qui plus est dans sa version française originale. Cette oeuvre est d'autant plus intéressante qu'elle appartient à la période maturité du compositeur, qui n'avait alors plus rien à prouver à un public français acquis à sa cause. Le cadre est celui d'une Espagne de la Reconquista, fortement marquée par l'influence d'une Eglise qui peine à contenir les débordements moraux des monarques conquérants. Ici le roi Alphonse XI est amoureux de la belle Leonor de Guzman, pour laquelle il est prêt à répudier son épouse légitime, au grand dam de celle-ci et de la Cour. Broyé entre sa passion pour Léonor et le déshonneur jeté par le Roi, le jeune Fernand, guerrier couronné de victoires, finira au couvent. Lors de son entrée dans les ordres, Léonor, déguisée en jeune novice masculin, vient implorer son pardon avant de mourir d'épuisement et de chagrin.

La couleur romantique de l'oeuvre est présente dès les premières mesures de l'ouverture, et l'Orchestre du Capitole, sous la direction d'Antonello Allemandi, met en valeur une densité orchestrale non exempte d'un certain pathos. L'orchestre est d'ailleursparfois un peu trop présent, comme pour la grande scène du finale du second acte, où il a un peu tendance à couvrir les voix. Les passages plus retenus sont cependant bien rendus, comme le magnifique duo entre Leonor et le roi, au second acte, ou le dramatique quatrième acte.

Dans le rôle de Leonor, Kate Aldrich possède une diction française irréprochable. Son timbre relevé d'une pointe d'acidité, d'une remarquable fluidité dans les aigus, convient parfaitement à celui de l'héroïne. On retiendra ses magnifiques duos : avec Fernand au premier acte, avec le roi au second, puis à nouveau avec Fernand au quatrième acte, et le grand air du troisième acte "O mon Fernand" (sur un accompagnement enchanteur de harpe puis de cor) suivi de l'inévitable caballette, brillamment enlevée. Le ténor Yijie Shi (Fernand) affiche également une bonne diction française, mais son émission manque un peu de délié, malgré de beaux aigus et une belle projection. Le duo du premier acte avec Balthazar et son grand air du quatrième acte ("La maîtresse du roi !") furent particulièrement appréciés du public. Dans le rôle de Balthazar, Giovanni Furlanetto développe de beaux graves, mais sa projection mesurée est fréquemment couverte par l'orchestre ("Malheur ! Redoutez la fureur", au second acte), sauf dans le bel air du quatrième acte "Les cieux s'emplissent d'étincelles".

Mais c'est incontestablement Ludovic Tézier, dans le rôle d'Alphonse XI,qui domine la distribution. Son timbre bien posé, aux graves stables et appuyés, incarne avec conviction la majesté royale confrontée aux tourments de la passion ; sa diction françaiseest un régal. L'air du deuxième acte "Leonor, viens j'abandonne", qui culmine dans une caballette du plus bel effet, a été salué par de vigoureux applaudissements du public. Mentionnons aussi le beau passage du troisième acte "O ciel ! De son âme", qui exprime le déchirement face aux reproches de Fernand.

Enfin le choeur narquois des courtisans, à la scène 10 de l'acte III (lancé par l'apostrophe de Don Gaspar "Quel marché de bassesse") mérite d'être signalé. Il sera en effet repris un quart de siècle plus tard, au mot près mais sur un mode parodique, par Offenbach et ses librettistes Meilhac et Halévy dans La Périchole. Cet hommage témoigne de la popularité de l'oeuvre aujourd'hui un peu oubliée de Donizetti auprès des amateurs d'art lyrique du XIXème siècle.

Bruno MAURY

19 février 2014 - La Favorite au théâtre du Capitole

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