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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


15 avril 2014 - Otello (Rossini) au TCE

Publié par Jean Luc sur 16 Avril 2014, 15:07pm

Écrit pour six ténors, deux mezzo-soprano et une basse par Rossini pour Naples en 1816, l'œuvre du compositeur de 24 ans est ainsi avant tout un opéra d'hommes qui se caractérise aussi par la prééminence des ensembles (duos, trios....) sur les airs solos et dont l'écriture n'est pas d'une intensité dramatique parfaitement aboutie si l'on excepte le 3ème acte.


J'ai adoré la direction de JC Spinosi. Comme d'habitude, une énergie folle, une immense attention portée aux chanteurs et, plus largement, au déroulement de l'action sur scène, une grande précision de lecture. Le plus frappant pour moi était ce dépoussiérage des sonorités (peut être en partie du à l'excellent Ensemble Mattheus sur instruments d'époque) et des tempi, l'ensemble évoquent fréquemment Nino Rota, en adéquation avec la mise en scène, très sixties. Certes, on entend quelques dérapages et certaines attaques manquent de netteté. Mais il faut se souvenir que si Rossini sollicite la virtuosité des chanteurs, son écriture sollicite tout autant la virtuosité des instrumentistes. Et le travail sur les bois (les clarinettes en particulier) et les cuivres ainsi que le merveilleux équilibre avec les cordes, ces stupéfiants pianissimi d'orchestre doivent être salués. Une partie de la salle n'a pas apprécié et l'a fait savoir. Probablement ceux qui, ici même, encensent régulièrement le grand massacreur de Rossini (E Pido).


De la mise en scène, assez peu à dire. Très classique elle souligne le racisme mis en lumière par l'œuvre. La direction d'acteurs est manifestement présente mais globalement, on n'assiste pas là à une relecture à la hauteur de ce que Spinosi fait dans la fosse.


Le petit rôle du gondolier est tenu avec grâce par Enguerrand de Hys. Nicola Pamio est un doge convaincant. Quant à Liliana Nikiteanu, elle nous gratifie d'une Emilia stylée, convaincante et parfaitement en phase avec le monstre sacré Bartoli.


Le Elmiro de Peter Kalman est de grande classe. Seul baryton de l'affaire, il incarne un père ambitieux, dédaigneux et peu aimant avec conviction. Belle voix, bien projetée, le médium et le bas médium sont très remarquables. Les nombreux récitatifs lassent peut être un peu y compris le chanteur qui m'a semblé parfois un peu en limite de justesse dans ceux ci....


Si le trio central des ténors couronne comme attendu Otello, il nous réserve aussi une déception et un immense plaisir. John Osborn incarne sans difficulté le Maure tant physiquement que vocalement. Sa présence est tour à tour impressionnante et inquiétante, les difficultés de la partition sont surmontées avec aisance et classe, les aigus impeccables jusqu'aux contre ré, les déchirements du personnage sont à fleur de peau, à fleur de voix....


En revanche, Barry Hanks n'est pas Iago. Si la voix est conduite avec métier, bien projetée et dotée d'un beau phrasé, l'incarnation du personnage est défaillante (ou est la perfidie, où sont les complots et les haines racistes ?) et la voix beaucoup beaucoup trop claire pour celà.


La révélation de la soirée c'est le Rodrigo d'Edgardo Rocha. Le timbre est somptueux, le legato parfait, la projection impressionnante et la virtuosité irréprochable, notamment dans l'air du 2ème acte et le duo qui suit avec Otello. Ajoutons à ces qualités vocales, une présence évidente sur scène et nous voici avec une belle révélation de ténor rossinien.


Reste évidemment le cas Bartoli. Les critiques délirent sur ce retour sur scène à Paris et son interprétation de Desdemone et aucun superlatif ne leur a échappé.... Il n'en demeure pas moins que la voix reste assez petite pour une salle comme le TCE et qu'avec un orchestre sur instruments contemporains et un chef moins attentif que Spinosi aux équilibres, cela aurait pu être plus difficile. Il n'en demeure pas moins également que la diva se ménage assez visiblement au 1er acte..... Mais dés le début du deuxième acte, ces petits bémols disparaissent devant la bête de scène que devient Bartoli, s'emparant de SA Desdemone avec une sorte de rage, personnage dont elle fait, pour notre bonheur, davantage une femme blessée, une femme qui doute qu'une colombe sacrifiée.... La maîtrise vocale, legato et ornementations inclus, est parfaite, toutes les notes sont chantées, l'incarnation du personnage est bouleversante. L'air du saule au 3ème acte est un bijou, un instant rare et magique. Les qualités de musicienne et de tragédienne sont éclatantes et le duo formé avec Spinosi à la baguette (ils ne se quittent quasiment pas des yeux quand elle chante) est un pur bonheur.

15 avril 2014 - Otello (Rossini) au TCE
15 avril 2014 - Otello (Rossini) au TCE

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