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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


19 mai 2014 - Tancrede (Rossini) au TCE

Publié par Jean Luc sur 20 Mai 2014, 14:34pm

Catégories : #Opera mis en scene

C'est à un Rossini de 21 ans que l'on doit ce Tancrède (1813) proposé dans sa version tragique, dite de Ferrare. La direction de Enrique Mazzola met superbement en avant l'incroyable modernité de l'œuvre qui annonce le bel canto romantique des Bellini, Donizetti et Verdi.... Des duos de voix féminines aux grands ensembles (ah le superbe sextuor qui conclut le Ier acte!) en passant par les airs martiaux voire patriotiques et le final susurré par les cordes, l'accent est mis en permanence sur la novation de cette écriture et la mise en avant d'une émotion anachroniquement romantique..... Souci de l'équilibre entre le plateau et la fosse, incroyable précision des ensembles, parfaite maîtrise des crescendo, bref, c'est impeccable. Sous sa direction, l'orchestre philharmonique de radio France se transcende, nous donne à entendre du très beau son, est capable de passer d'éclats tonitruants au cantabile le plus subtil..... Excellente prestation également du chœur masculin du théâtre des Champs Elysées qui confine à l'excellence.


De la mise en scène (Jacques Osinski), on retiendra avant tout la direction d'acteurs et on oubliera des décors et des costumes assez quelconques voire un peu trop statiques. Soutenue par un plateau aux qualités dramatiques exceptionnelles, la direction d'acteurs est en revanche remarquable : Tancrede jeune, impulsif, égocentrique et injuste, Amenaide victimisée, isolée et résignée face à un destin implacable, préfiguration des grandes héroïnes romantiques.


Très beau Tancrede, Marie Nicole Lemieux incarne superbement ce rôle travesti et nous délivre un Tancrede à la fois jeune et viril. Le chant est très sobre, l'ornementation limitée au strict nécessaire, la voix parfaitement homogène, souple et ductile. Le personnage est à la fois touchant et horripilant et la présence scénique indéniable.


L'Amenaide de Patrizia Ciofi est tout simplement bouleversante et exceptionnelle. Des qu'elle apparaît sur scène et à chacune de ses interventions, l'émotion est là, palpable. L'engagement est total, l'art de la colorature virtuose. Elle ose tout, simplement, sans état d'âme, sans calcul. La ligne de chant est irréprochable, la voix toujours aussi belle, les aigus rayonnants. Bref Patrizia Ciofi est une référence absolue dans ce répertoire (cf aussi sa Lucia à Bastille) et on lui pardonne sans aucune hésitation un récitatif d'entrée bizarrement un peu approximatif et un suraigu un peu crié au deuxième acte. Mais sa scène de prière comme son duo avec Tancrede resteront des références. Elle a été ovationnée au rideau et, très franchement, c'était plus que mérité.


Je suis beaucoup plus réservé sur l'Argirio d'Antonino Siragusa. Certes, il souffre de la comparaison avec l'excellent tandem Lemieux-Ciofi et d'un rôle qui sollicite la virtuosité au-delà du nécessaire.... mais les qualités techniques ne suffisent pas à faire oublier des ficelles un peu grosses dans son chant, voire certaines laideurs de timbre, particulièrement crispé au 1er acte.


Très bel Orbazzano de Christian Helmer qui incarne avec une voix superbe un personnage cynique, cruel et rigide. L'Isaura de José Maria Lo Monaco est aussi très convaincante. Le Roggiero de Sarah Tynan est en revanche plus discutable, tant le timbre se prête peu au rôle travesti.


Bref, une très très belle soirée.

19 mai 2014 - Tancrede (Rossini) au TCE

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