Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Operaphile

Operaphile

Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


3 octobre 2014 - Les Vêpres siciliennes (Verdi) à l'Opéra de Nice Côte d'Azur

Publié par Bruno Maury sur 26 Octobre 2014, 12:36pm

Catégories : #Opera version concert

En attendant justice...

La programmation par l'Opéra de Nice des Vêpres siciliennes dans la version française originale avait légitimement suscité notre intérêt. Bien qu'il s'agisse de version de concert, il est suffisamment rare de pouvoir entendre cette oeuvre sur une scène lyrique pour que cela méritât un déplacement sous les cieux cléments de la Côte d'Azur, en cette belle arrière saison automnale où le soleil daigna nous gratifier des chaleureux rayons dont il avait été si avare durant l'été. Et c'est avec une curiosité pleine d'intérêt que nous avons attendu les premières notes de l'ouverture, sous la baguette du maestro Guidarini. Sa direction s'y montra plutôt expressive même si ont eût aimé davantage de fluidité ; de son côté le choeur d'ouverture tarda un peu à ajuster son émission au volume de l'orchestre. Les premières apostrophes des soldats français fusent ensuite, sur les voix à la diction bien intelligible de Bernard Imbert (Robert) et Frédéric Diquero (Thibault). Le "Tu chanteras" du premier est porté par une solide projection, et témoigne d'une belle étendue du timbre. Dans l'air de la duchesse Hélène ("Au sein des mers et battu par l'orage") Anna Kasyan fait preuve d'un bon sens dramatique, sa diction manque néanmoins un peu de clarté ; la cabalette ("Courage ! Du courage !) révèle une bonne capacité d'abattage. Les premières apparitions des autres personnages du drame sonnent hélas comme de réelles déceptions : dans le rôle d'Henri un Michel Lehotsky à l'émission encombrée et aux aigus tirés, et dans celui de Montfort un début manifestement difficile pour David Damiani, freiné par une diction pompeuse et sourde qui nuit à la ligne de chant. Dans ces conditions les beaux ensembles du premier acte sont assez faiblement servis, et le duo final Henri/ Montfort échappe de peu au désastre grâce à la voix du second, à la diction désormais plus naturelle.
Après un prologue orchestral quelque peu peu mécanique dans ses effets, Kihwan Sim ouvre le second acte sur le grand air de Procida ("O toi Palerme"). Sa projection emplit sans peine la salle, même si la diction s'appuie sur des graves particulièrement sourds. Par dessus-tout il fait montre d'un écrasant talent dramatique, qui lui vaut de longs applaudissements du public. Hélène domine les ensembles qui suivent de ses ornements bien fluides, qui effacent heureusement la pitoyable déclaration d'Henri ("Hélène, je vous aime") lancée d'une voix chevrotante... L'énergique arrivée de Béthune ("Pour vous, et de la part de notre gouverneur") marque un nouveau rebondissement de notre intérêt : la basse Ziyan Atfeh affiche un accent joliment envoûtant qui renforce son autorité naturelle, sa diction est claire et intelligible. Après le rapt des siciliennes, le beau choeur des femmes ("Amour, soit nous propice"), quasi a capella, suscite les applaudissements du public.
Le troisième acte débute avec un Montfort doté d'une projection bien assise, et plutôt à son aise dans son grand air ("Oui, je fus bien coupable"). Henri semble également plus à son aise dans le duo qui s'ensuit, évitant les effets trop appuyés qui le desservent si fortement, tandis que l'orchestre semble enfin s'être calé sur la ligne puissante et fluide que réclame ce répertoire. Dans ces conditions on regrette évidemment la suppression du ballet, qui compte parmi les plus belles pages orchestrales du maestro Verdi, et dont l'éxecution en version de concert ne suscitait pas de contrainte particulière de représentation... Après un choeur enlevé et évocateur de la fête qui se donne ("Trompettes brillantes"), l'acte se conclut brillamment sur le magnifique septuor final "O noble patrie".
Le quatrième acte poursuit sur cette belle lancée. Porcida témoigne d'un bel abattage dans la cabalette "O jours de peine", son duo avec Hélène est particulièrement réussi. De son côté Hélène exprime avec noblesse son sentiment ("Henri, le coeur d'Hélène pardonne au repentir"), sa voix mate confère à ses échanges une réelle émotion dramatique. L'acte s'achève sur de beaux ensembles, avec un orchestre désormais bien fluide, qui met en valeur la ligne de chant. Après le choeur d'entrée du cinquième acte, Hélène nous gratifie d'un charmant boléro ("Merci jeunes amies"). L'action se poursuit sur de beaux ensembles, avec un Procida déterminé et implacable dans sa volonté de vengeance, face à une Hélène déchirée entre son amour et son patriotisme, et malgré un Henri à la voix toujours un peu chancelante. Le vacarme des cloches précède un choeur final énergique, dramatique à souhait, même si on eût apprécié davantage de clarté dans les différentes parties.
Si on ne peut qu'applaudir l'intention, force est de constater que la production de l'Opéra de Nice ne rend pas pleinement justice à ce chef d'oeuvre du grand Verdi. La rareté de sa programmation nous le fait regretter d'autant plus... On retiendra toutefois de cette soirée la présence envoûtante de Kihwan Sim, la belle voix de Bernard Imbert, maladroitement confiné dans un rôle trop court, et les réelles qualités vocales et scéniques d'Anna Kasyan, noble et attachante Hélène qui tarde toutefois un peu à donner sa pleine mesure.

Bruno MAURY

Opéra en cinq actes, livret d'Eugène Scribe et Charles Duveyrier
Créé le 13 juin 1855 à l'Académie Impériale de Musique, Paris (salle Le Peletier)


Anna Kasyan (Hélène), Sophie Fournier (Ninetta ), Michel Lehotsky (Henri), David Damiani (Guy de Montfort), Kihwan Sim (Jean Procida), Frédéric Diquero (Thibault), Gianluca Bocchino (Danieli), Aurelio Gabaldon (Mainfroid), Bernard Imbert (Robert), Zyian Atfeh (sire de Béthune), Daniel Golossov (comte de Vaudémont)




Choeur de l'Opéra de Nice
Direction : Giulio Magnanini
Orchestre Philarmonique de Nice
Direction : Marco Guidarini

3 octobre 2014 - Les Vêpres siciliennes (Verdi) à l'Opéra de Nice Côte d'Azur

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents