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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


16 décembre 2014 - La Clémence de Titus au TCE

Publié par Jean Luc sur 17 Décembre 2014, 07:49am

Catégories : #Opera mis en scene

La Clémence de Titus est une commande pour le couronnement de l’empereur Léopold II comme roi de Bohème. Dernier Opera de Mozart, il va ainsi s'agir d'un Opera séria, genre complètement dépassé, à ce moment de notre histoire musicale. Pour en juger, il suffit de relever que la dernière de La Clémence de Titus se déroule le même jour que la création de La Flûte à Vienne. Ce sera le 30 septembre 1791, en pleine révolution française qui emportera le souverain et son épouse, sœur de Léopold II et c'est peu de dire que la mise en scène de Denis Podalydes se fiche... royalement.... de ce contexte historique. Nous voici embarqués dans le hall d'un hôtel dont on comprend mal la fonction, ni la période : fin 19ème comme semblent le suggérer les panneaux de bois des décors de E Ruf ou années 30 comme l'indiquent les costumes de C Lacroix ? En revanche Denis Podalydes nous rappelle qu'il est un comédien français et va truffer sa mise en scène de référence à la tragédie classique (tout aussi anachronique) et à Racine. Ouverture inappropriée sur le monologue final de Berenice de l'œuvre de Racine, unité de lieu...etc. Pas mieux sur la direction d'acteur : sur fond d'agitation permanente du personnel et des clients,Titus est un vieillard indécis voire ergotant et Vitellia une mégère des années 50 qui se livre à des accès de fureur incohérents avec sa noblesse du deuxième acte. Bref, ce qui était alléchant sur l'affiche (Podalydes-Lacroix-Ruf) est décevant sur scène, pour ne pas dire inutile et insignifiant au sens étymologique du mot.


Jérémy Rhorer dirige, à son habitude, avec une précision chirurgicale et tire le meilleur d'un Cercle de l’Harmonie en très grande forme, en particulier les vents. Relecture et dépoussiérage intelligents de l'œuvre sont foison et soulignent encore plus cruellement le défaut de vision de la mise en scène. Énergique, la direction multiplie avec bonheur les ruptures de tempi, joue sur les silences et accompagne avec attention tous les chanteurs même si l'on ressent une préférence pour les airs de Vitellia, particulièrement soignés, émaillés de silence bouleversants et qui la conduira vers les sommets avec le "Non piu di Fiori ".


J'ai également adoré les interventions du choeur Aèdes, à la musicalité parfaite, qui, sous la direction de Mathieu Romano se coule parfaitement dans le travail ciselé de J Rhorer et dont chaque intervention est un pur moment de bonheur musical.


La distribution est totalement dominée par la Vitellia de Karina Gauvin. Même si on peut la préférer dans quelques grands rôles verdiens, elle a tous les moyens du rôle meurtrier de Vitellia, du cantabile de "Non piu di fiori " aux graves vertigineux de "Veggo la morte...", air dans lequel l'aide de Rhorer lui est d'ailleurs précieuse.


En Titus, Kurt Streit n'a pas les moyens du rôle. Accablé par la vision de Podalydes et exécuté vocalement des son 1er air, le "Se all impero " frôle le désastre que seuls le métier du chanteur et l'appui sans faille (une fois encore) du chef permettra d'éviter. Quel dommage, alors que la scène lyrique regorge de jeunes ténors mozartiens....alors quitte à prendre des risques....


Acclamée par le public, je suis néanmoins réservé sur le Sextus de Kate Lindsey. Le timbre est assez pauvre et les vocalises (pour être gentil) sont savonnées, notamment au 1er acte. Mais elle jouit d'une vraie présence scénique et maîtrise le chant mozartien, ce qui nous vaudra un moment de grâce incontestable au II dans le « Deh per questo istante solo ».


Voix ample et bien projetée, timbre riche et colore, Julie Boulianne est une excellente surprise et font espérer qu'on lui confiera prochainement le rôle de Sextus.


En Servilia, Julie Fuchs fait la démonstration d'une parfaite maîtrise de la technique mozartienne et la voix aux belles couleurs et très bien projetée la font attendre désormais en Pamina...


Robert Gleadow est un luxe immense dans le petit rôle de Publio : timbre riche, voix parfaitement projetée, coloris maîtrisés, présence scénique indéniable.



16 décembre 2014 - La Clémence de Titus au TCE

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