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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


13 mai 2015 - Macbeth (Verdi) au Théâtre des Champs Elysées.

Publié par Jean Luc sur 14 Mai 2015, 09:10am

C'est la version de 1865 (version italienne reprise de la version parisienne) qui a été retenue, à juste titre car elle constitue, à mon humble avis, un des sommets de l'art lyrique.


On a beaucoup glosé sur la transition que représente Macbeth, dont l'écriture semble marquée par les derniers vestiges de la tradition belcantiste et ouvrir la voie à une conception moins corsetée de l'opéra. Beaucoup glosé aussi sur les choix vocaux qui caractérisent le rôle de lady Macbeth et les instructions précises et très nombreuses laissées par Verdi et son choix d'une cantatrice qui "ne chantât point" et qui soit dotée d'une voix noire, sombre et maigre.


La direction de Daniele Gatti est idéale. Avec l'orchestre national de France ils sont un élément majeur du succès de cette représentation. Loin d'une lecture symphonique, on y trouve ce bruissement permanent, cet inquiétant chuchotis, quelque chose de sombre et de terreux, une recherche, un soulignement des accidents de parcours, des ruptures brusques dans l'écriture de Verdi. Somptueux !


De même la mise en scène de Mario Martone est intéressante et réussie. Elle souligne en délicatesse la folie érotisée et progressive du couple Macbeth, la dépendance de Macbeth envers son épouse. L'usage de la video est maîtrisé, et certaines scènes sont très belles (la scène du chaudron à l'acte III ou la fin du festin de l'acte II avec un Macbeth livide, par exemple).


Sophie Pondjiclis (dame d'honneur), Patrick Ivorra (médecin) parviennent à exister sur ces petits rôles, ainsi que Jérémy Duffau, beau ténor vaillant qui s'affirme en dépit du peu que lui octroie la partition. Le Banquo d'Andrea Mastroni est prometteur mais peut être encore jeune pour affronter ce rôle emblématique de basse noble : sa jeunesse gêne la caractérisation du personnage et l'aigu est encore un peu étroit.


Acteur majeur du drame, le chœur de Radio France est irréprochable dans toutes ses prestations et son travail est en tous points remarquables.


Le Macduff de Jean François Borras est souverain. Émission parfaitement maîtrisée, le timbre est superbe, la projection remarquable. Un grand ténor verdien qui confirme à chaque fois. Je suis plus réservé sur la lady Macbeth de Susanna Branchini : la voix est capable de couleurs surprenantes et d'adopter une maigreur qui sied au rôle mais à plusieurs reprises elle semble trop petite, avec une émission très serrée et un médium (notamment le bas médium) mal projeté, ce qui la prive de la noirceur nécessaire. Ce qui est certain, c'est qu'elle est plus à l'aise dans le soprano dramatique du IV que dans le colorature du I et du II dans lesquels l'abus d'effets ne parvient pas à masquer des moyens un peu insuffisants. Il n'en demeure pas moins que la scène de somnambulisme est une absolue réussite, couronnée d'un contre ré bémol filé hallucinatoire.


Enfin, le superbe Macbeth de Roberto Frontali. Dévirilisé puis revirilisé au gré des caprices de lady Macbeth, tour à tour couard, courageux, fanfaron, tyran meurtrier et victime de sa passion érotique pour son épouse, c'est une grande interprétation qui nous est offerte là, par un baryton irréprochable et flamboyant tout au long de l'œuvre.



13 mai 2015 - Macbeth (Verdi) au Théâtre des Champs Elysées.

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Bruno Maury 14/05/2015 14:50

Merci Jean-Luc pour cette critique complète et pertinente !

Jean-Luc 14/05/2015 15:39

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