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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


1er février 2016 - Werther (Massenet) à l'Opera Bastille

Publié par Jean Luc sur 3 Février 2016, 19:30pm

Catégories : #Opera mis en scene

N'en déplaise à certains (très nombreux), la représentation de référence de Werther était, pour moi, la création à l'Opera de Paris en 1984 (eh oui, si tard) sous la légendaire direction de Georges Prêtre avec Alfredo Kraus et Lucia Valentini Terrani. Mais cette représentation du 1er février 2016 était aussi un moment magique et exceptionnel.

La mise en scène de Benoit Jacquot vaut surtout pour son élégante neutralité et les somptueuses lumières de André Diot. Le parti pris de mise en scène de placer hors champ toute l'action extérieure au trio Werther-Charlotte-Albert (avec quelques exceptions pour Sophie) fait courir le risque de l'ennui aux deux premiers actes et c'est grand dommage.

Dans la fosse, Giacomo Sagripanti a remplacé Michel Plasson, souffrant. On aurait pu être inquiet de l'absence d'un des meilleurs connaisseurs de l'œuvre mais le travail fait par Sagripanti est enthousiasmant. Alors même qu'il n'est pas un spécialiste du romantisme français (il est engagé par l'Opéra pour diriger les représentations du Barbier) il trouve dès l'ouverture le ton juste pour rendre la douceur, l'ampleur, la puissance et la sophistication de la musique de Massenet. Très attentif aux bois et aux graves de l'orchestre de l'Opera qui sont particulièrement mis en valeur, Sagripanti est aussi un vrai chef lyrique qui adapte la masse sonore de son orchestre à chacun de ses chanteurs. C'est suffisamment rare pour être souligné et... apprécié

Piotr Beczala est évidemment soumis au jeu des comparaisons dans le rôle-titre, après Kraus, Kaufmann et Alagna.... Et, clairement, il se rapproche de la conception de Kraus. Loin des élans romantiques, son Werther est avant tout un dépressif asocial dont la déception amoureuse sera le déclencheur -et non la cause- du suicide. La caractérisation lyrique et pudique est soutenue par une timbre clair, juvénile et chaud, de beaux aigus, une très belle ligne de chant, une prononciation précise et une belle diction qui rend justice aux beautés du texte. Et c'est aux 3eme et 4eme actes qu'il atteindra des sommets avec un Lied d’Ossian introverti et fiévreux et une mort dans laquelle l'émotion doit tout à une exceptionnelle retenue, qui évite excès et caricature.

Sa Charlotte, Elīna Garanča, lui est parfaitement assortie dans l'interprétation. Elle non plus ne cède pas à l'attrait des accents romantiques et pose une Charlotte vertueuse et luthérienne, somme toute assez peu tentée par l'aventure amoureuse mais culpabilisée par les souffrances de Werther. Elle met au service de cette interprétation un très beau et très étendu mezzo, charnu, un excellent phrasé et une diction qui si elle n'atteint pas le niveau de celle de Beczala, reste néanmoins remarquable. Le timbre est somptueux, l'aigu rayonnant et la puissance confondante (ce dont elle est parfois tentée d'abuser un peu). Son air des larmes est un moment d'anthologie et le succès du IV lui doit beaucoup.

Aux saluts, c'est une ovation d'un public plus que conquis qui les accueillera tous deux à chaque rideau.

Stéphane Degout, tout en nuances, incarne un Albert mal à l'aise, ami introverti, époux mal aimé et mal aimant. Le timbre est superbe, la diction impeccable et la projection lui permet d'affronter Bastille et.... Garanca...... La Sophie d'Elena Tsallagova a une diction beaucoup plus approximative mais son soprano est plaisant, léger sans être acide.

Paul Gay (le Bailli), Lionel Lhote (Johann) et Rodolphe Briand (Schmidt) sont impeccables et ont en commun une diction soignée et un niveau de chant remarquable.
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Totalement sous le charme de cette représentation, je partage sans réserve l'enthousiasme qu'à manifesté le public, manifestement convaincu par le niveau du chant et l'engagement de l'ensemble des interprètes.

1er février 2016 - Werther (Massenet) à l'Opera Bastille

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Jean Luc 04/02/2016 00:06

C'était une très belle soirée.... Longtemps que je ne m'étais pas autant régalé.....

mpr 03/02/2016 21:04

bel article... je n'y étais pas mais c'est comme si... et j'aime beaucoup la voix de Beczala..je pense que c'était une belle soirée ...

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