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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


3 février 2016 - Il Trovatore (Verdi) à l'Opera Bastille.

Publié par Jean Luc sur 5 Février 2016, 13:00pm

Catégories : #Opera mis en scene

Dès le lever de rideau sur la première scène, superbement animée par la très belle basse de Roberto Tagliavini (Ferrando), on sent qu'il se passe quelque chose sur le plateau et qu'on va assister a quelque chose de mémorable.

Ce n'est pas de la fosse que vient ce sentiment, avec la direction plus convaincue que convaincante de Daniele Callegari, qui est brouillonne, manque de dramatisme, et est émaillée de trop nombreux décalages, notamment avec les chœurs et même avec les chanteurs. Ce n'est pas non plus la mise en scène de Alex Ollié (Furia del Baus) qui va marquer la représentation. Certes le dispositif scénique est impressionnant avec ces pierres qui descendent des cintres pour délimiter les espaces et les lumières de Urs Schonebaum sont superbes. Mais quel est l'intérêt dramatique de cette transposition pendant la guerre de 14-18 ? L'action n'y gagne rien et cela rajoute de la difficulté à un livret peu cohérent : que vient donc faire cette sorcière que l'on veut brûler au milieu des tranchées ???? Au surplus, l'absence de direction d'acteurs dans l'immensité du plateau de Bastille est une faute difficilement excusable.

Ce sont des voix que provient le frisson qui nous gagne des le premier tableau et qui ne nous lâchera plus jusqu'à la dernière note. Les chœurs d'abord qui sont superbes d'homogénéité et de présence bien que mal servis par la direction d'orchestre. Les seconds rôles ensuite, emmenés par le très beau Ferrando de Tagliavini et qui sont tous irréprochables : Marion Lebègue (Ines), Oleksly Palchykov (Ruiz), Constantin Ghireau et Cyrille Lovighi. Et enfin et surtout, le quatuor vocal sur lequel repose l'ouvrage.

Le retour à Paris d'Anna Netrebko est totalement réussi. Reine de la soirée, elle sera -et à juste titre- ovationnée à de nombreuses reprises. Le « Tacea la notte » est filé, comme en suspension, et montre dès le I, ce qui ne sera jamais démenti par la suite : Anna Netrebko a totalement investi le personnage de Leonora et pas une note, pas une inflexion, pas un geste n'échappe à un contrôle de fer. Le timbre est somptueux et subtil, chaud et capable de graves sombres et charnus tout comme il est capable de s'alléger dans un aigu fluide et clair. La projection est impressionnante et la solidité est sans faille qui la voit aborder sans aucun signe de fatigue l'éprouvant acte IV et distiller un « D’amor sull’alli rose » bouleversant. Et tout cela avec une diction soignée et un immense respect de ses partenaires.

Face à une telle maîtrise et à un tel aboutissement, la partie n'était pas simple pour ses trois comparses.

Marcelo Alvarez ne démérite pas en Manrico. Son timbre clair et sonore, servi par un phrasé impeccable et un style irréprochable, font des duos avec Leonora des moments de grâce. Sa vaillance se brise toutefois sur « Di quella pira », qui aurait pu être coupé tant le ténor peine à aligner les moyens nécessaires à un air qui semble le tétaniser, et qu'il précipite, perdant en route un orchestre dont le chef ne semble pas se soucier de ce décalage....

Ludovic Tézier nous livre un Conte di Luna, autoritaire et rigide, froid et un rien sadique. Puissance de projection, élégance de la ligne de chant, beauté du son et présence dramatique font de ses scènes avec Netrebko des moments d'anthologie.

Enfin la superbe Azucena d'Ekaterina Semenchuk, qui fait déferler sur une salle conquise une voix immense aux graves sonores et parfaitement timbrés et aux suraigus parfaits (voir le stupéfiant contre ut du II, parfaitement tenu) donnant à voir un personnage plus subtil que souvent. Dommage, vraiment, que l'absence de direction d'acteur ne lui ait pas permis d'asseoir une vision encore plus construite du personnage qu'elle maîtrise si bien vocalement.

Les saluts se sont déroulés devant une salle survoltée qui a ovationné les chanteurs. Deux triomphes en quelques jours (après celui de Werther)... (voire trois si j'en juge de ce que mes amis qui ont vu les représentations du Barbier en disent)..... L'Opera de Paris aurait il enfin retrouvé le chemin du primat des voix dans l'opéra ?

3 février 2016 - Il Trovatore (Verdi) à l'Opera Bastille.

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mpr 05/02/2016 13:43

merci pour ce bel article .... J'attends avec impatience de pouvoir regarder ce Trouvère sur Mezzo!!!

Jean Luc 05/02/2016 15:25

Merci à toi pour ta fidélité et tes commentaires !

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