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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


27 mai 2016 - Lucia di Lamermoor ( Donizetti) au Théâtre des Champs Elysées.

Publié par Jean Luc sur 29 Mai 2016, 17:56pm

Catégories : #Opera version concert

Créé en 1835 au San Carlo de Naples, l'opéra Lucia di Lamermoor fut l'un des plus grands succès de Donizetti et reste une de ses œuvres les plus connues. Rétabli dans son affiliation romantique et bel cantiste par Maria Callas, Lucia di Lamermoor et sa celébrissime scène de folie est presque l'archétype de l'opéra romantique italien.

Du climat mélancolique et mystérieux du livret et de la musique, Gianandrea Noseda fait son affaire, imprimant à l'orchestre du Teatro Regio de Turin (dont vient cette production, sans sa mise en scène) les accents évocateurs des brumes écossaises et des tourments passionnés des personnages. J'avais pourtant eu un peu peur pendant le Prélude, très à plat, sonnant comme étouffé ; mais il s'agissait probablement d'un temps d'adaptation à l'acoustique du TCE. Car dès l'air d'entrée de Enrico, l'orchestre se jette à corps perdus dans une interprétation toute en nuances, très équilibrée, parfaitement respectueuse des chanteurs. La progression du drame se déroule implacablement, sans mièvrerie, sans facilités, sans excès belcantistes..... Outre cette superbe direction, adjectif applicable d'ailleurs à un chœur du Regio très homogène et efficace, on remerciera Gianandrea Noseda d'avoir évité les coupures et d'avoir choisi l'harmonica de verre, tant souhaité par Donizetti, pour accompagner la scène de la folie à laquelle ses sonorités apportent de la profondeur et du mystère.

Dans le petit rôle de Normanno, le ténor Luca Casalin fait une entrée assez catastrophique, avec de nombreux problèmes de justesse. En Alisa, la mezzo Daniela Valdenassi fait preuve d'un bel engagement. En revanche, je n'ai pas été convaincu par Francesco Marsiglia dont l'Arturo est sans relief, scéniquement et vocalement, et dont le timbre très "dans le masque" ne me séduit pas.

Le baryton Gabriele Viviani compose un intéressant Enrico nuancé, alternant hésitations et brutalité, inflexible dans son égoïsme et ses certitudes, mais parfois comme accessible au remords ou à la compassion. A l'appui d'une incontestable vaillance (que l'on constate dès son entrée avec «Cruda, funesta smania »), la voix est puissante, bien projetée et d'une épaisseur charnelle. L'aigu rayonne facilement et ce lui sera d'une aide précieuse pour les affrontements avec Edgardo. Dans ce rôle exigeant, le ténor Piero Pretti fait le boulot. Le timbre est plein, parfaitement placé et d'une remarquable homogénéité sur toute la tessiture. L'aigu est impeccable, le médium plein et sonore et il parvient à faire face tant au conflit avec Enrico qu'au duos d'amour avec Lucia. Son air final, surmonté avec une aisance remarquable lui vaudra un gros succès.

Nicolas Testé incarne un Raimondo digne et lucide, seul personnage de l'opéra à pressentir le drame qui se noue mais qui soutient jusqu'au bout le devoir contre l'amour. Vocalement, il le traduit avec bonheur, notamment dans « Al ben de' tuoi qual vittima ».

Diana Damrau enfin. Sa composition est passionnante tant elle s'éloigne de l'héroïne fragile que nombre de ses consœurs privilégient. On a ici une Lucia adulte, mature, une femme déterminée, volontaire. Moderne. Et vocalement, c'est parfait : chaque note, chaque inflexion, chaque puissance du souffle est étudiée, asservie à une conception du personnage et du déroulement du drame. La technique est parfaite, les ornementations sobres et élégantes, sans jamais aucun excès ni aucune vulgarité, évitant toujours le piège du rossignol, au service permanent de l'interprétation. La seule faiblesse fut un contre mi (un seul) trop court, c'est dire... Pour le reste, la palette technique est explorée avec un plein succès, dans toute son étendue : demi teintes, vocalises, aigus, engagement dans la ligne supérieure des ensembles.... Cette force de conviction et cette excellence emporteront l'adhésion sans réserve du public, qui la rappellera dès l'entracte et l'applaudira debout à l'issue de ce très très beau concert.

27 mai 2016 - Lucia di Lamermoor ( Donizetti) au Théâtre des Champs Elysées.

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