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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


3 juin 2016 - Olympie ( Spontini) au Théâtre des Champs Elysées

Publié par Jean Luc sur 5 Juin 2016, 11:57am

Catégories : #Opera version concert

Attaché à l'impératrice Joséphine, Spontini s'inscrit dans la grande tradition classique française. Créateur du grand opéra historique français avec Fernand Cortez, dont on dit que le sujet fut choisi par l'empereur lui même, Spontini, admiré par Berlioz -et en particulier pour Olympie dans la version dite de 1826 présentée ce soir- se pose en continuateur de Gluck.

Douze ans après la Vestale et dix ans après Fernand Cortez, c'est le 22 décembre 1819 qu'est créée, à l'Opera de Paris, Olympie, tragédie lyrique en trois actes. N'ayant pas rencontré le succès lors de la création, le livret, inspiré d'une tragédie mineure de Voltaire, est remanié par Hoffmann pour une série de représentations berlinoises en 1821. En particulier le dénouement tragique (suicide d'Olympie et de Statira) est remplacé par une fin heureuse. C'est cette version du livret qui fut retenue pour la troisième version (Paris 1826) qui ne connut pas plus de succès que la première.

Globalement, l'œuvre représente une charnière stylistique : aux subtilités mélodiques affectées à la vie intérieure des personnages s'oppose les déferlements symphoniques des événements de la vie publique et des batailles. On entend dans Olympie des réminiscences des mélodies de Gluck et l'annonce des cantates françaises (comment ne pas penser aux cantates de Berlioz ou des prix de Rome en écoutant la scène de Statira au II ?), les prémices du Grand Opera à la française et l'apparition du ténor héroïque (Cassandre).


A cette œuvre spectaculaire, il fallait une direction spectaculaire. Et c'est peu dire que Jérémie Rhorer, à la tête de son Cercle de l'Harmonie le fut. Tempi très vifs, énergie permanente et palpable, enthousiasme aussi, mise en avant des cuivres, cette direction emporte une adhésion aussi totale que son engagement et fait oublier les mineurs petits décalages de l'ouverture. Le chœur de la radio flamande, personnage important de l'œuvre, participait également de cette excellence et de ce spectaculaire, même si je les aurais préféré un rien plus subtils, plus légers dans les piani.

La distribution était quasi parfaite, totalement engagée dans ce travail de résurrection, déterminée, au côté de Rohrer à démontrer l'injustice de l'oubli dans lequel cette œuvre a sombré. Diction impeccable, remarquable projection, beauté du timbre caractérisent tous les chanteurs, sans une exception.

Karina Gauvin était bien sûr attendue dans ce rôle. La voix opulente et le timbre charnu, servis par une musicalité impeccable, conviennent parfaitement à Olympie, rôle qu'elle cisèle de plus en plus précisément tout au long de la représentation.

Kate Aldrich est remarquable en Statira. Elle donne à la veuve d'Alexandre une dimension dramatique exceptionnelle et son interprétation de sa grande scène du début de l'acte II est bouleversante et donne à la partition vocale des accents dignes des grandes cantates "à l'antique". Du grand art, justement ovationné par le public !

Remplaçant C Castronovo dans le rôle de Cassandre, Mathias Vidal est tout bonnement exceptionnel. La performance est d'autant plus remarquable qu'il lui a probablement fallu apprendre rapidement un rôle rare et difficile : le résultat est saisissant, même si l'absence de mise en scène le prive de l'entrée à dos d'éléphant prévue à l'acte III.... L'intelligence musicale de l'interprète est une rareté : pas un son laissé au hasard, pas une émission mal contrôlée, pas un instant où il oublie ses partenaires de scène, l'orchestre ou le chœur. Servi par un très beau timbre, aux accents pleins de vaillance, lui aussi fut très justement ovationné.

Vaillance également, beauté de la voix, engagement et diction soignée caractérisent les prestations de Patrick Bolleire (L'Hiérophante), qui fait preuve d'une belle autorité, et de Josef Wagner, Cassandre tortueux à souhait. Même le (très) petit rôle de Hermas est servi avec bonheur par Philippe Souvagie.

Cette très belle soirée s'est conclue par un vrai triomphe, soulignant le caractère exceptionnel de ce concert. On annonce l'enregistrement de cette représentation sous la houlette du Palazetto
Bru Zane.

3 juin 2016 - Olympie ( Spontini) au Théâtre des Champs Elysées

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