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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


7 juin 2016 - Ermonela Jaho et Charles Castronovo au Théâtre des Champs Elysées.

Publié par Jean Luc sur 9 Juin 2016, 18:58pm

Catégories : #Concert

"Ils sont jeunes, beaux et figurent parmi les meilleurs chanteurs actuels… Qui d'autre pour incarner les fervents héros romantiques ?" disait l'accroche du programme du TCE. Certes, les deux chanteurs sont scéniquement et physiquement crédibles dans les couples romantiques qu'ils incarnent à merveille. Mais ces qualités sont hélas insuffisantes pour rendre justice au répertoire de musique française choisi comme 1ère partie de ce concert. Là, les excès romantiques deviennent rapidement faute de goût, là, les dictions approximatives deviennent impardonnables pour un public français, là, enfin, les directions tonitruantes manquent à la pudique retenue qui caractérise Massenet.

Or donc, tout débute avec une tonitruante ouverture de Phèdre assénée plus qu'interprétée par un Marco Zambelli qui ne pourra jamais tout au long du concert se retenir de faire bruyant à la tête d'un orchestre national d'Ile de France pourtant capable de ciseler et de moduler chaque fois que la baguette de Zambelli lui en laisse l'occasion. La Méditation de Thaïs jouée en 1ère partie ne dépasse toutefois pas le niveau de l'aimable concert bourgeois.....

En 1ère partie, la voix de Charles Castronovo semble peiner à se libérer et à rayonner. Peut être des restes des difficultés qui l'ont conduit à annuler sa participation à la représentation d'Olympie il y a quelques jours ? Dans l'extrait de Sapho, la voix paraît assombrie et de même le médium est très sombre dans Werther, extrait dans lequel le ténor est par ailleurs confronté à une direction sans nuance et forte-fortissimo qui le gêne à l'évidence et l'oblige à se concentrer sur ses appuis pour aller rechercher la puissance au détriment de l'expressivité. Il semblera confronté aussi à de nombreuses difficultés dans le duo de Manon qui clôture la 1ère partie, dans lequel il paraît un peu mal à l'aise même si la présence d'Ermonela Jaho le soutient et le stimule.

Ermonela Jaho n'est elle pas en difficulté. La technique est plus qu'impressionante, l'aisance admirable et la pureté du son incomparable. Mais dans Sapho comme dans Thaïs, la systématique multiplication des pianissimi et des sons filés est excessive, les aigus sont un peu trop systématiquement attaqués par en dessous, la diction est loin, très loin, de la perfection et la déclamation est mal maîtrisée. On retrouve tous ces défauts de style dans le duo de Manon, même si la fougue, la passion mise par la soprano albanaise dans son interprétation, conduisent à beaucoup lui pardonner......

Seconde partie consacrée au vérisme. Les deux intermezzo donnés par l'orchestre confirme la médiocre impression laissée par la direction de Zambelli. Les deux chanteurs sont en revanche beaucoup plus à l'aise dans ce répertoire moins retenu. Charles Castronovo est porté par cette musique qu'il sert avec un égal bonheur. Son Amico Fritz est superbe et lumineux et l'air de l'Arlesienne est un pur bonheur. Dans cette seconde partie, Castronovo est comme transfiguré : le médium est superbe, le timbre chaud et sensuel, l'aigu rayonnant, ensoleillé, et la projection se joue du maestro.... Pareillement, Ermonela Jaho est impériale dans Adrienne Lecouvreur dans laquelle ses sons filés font merveille et totalement convaincante dans Manon Lescaut, d'une bouleversante intensité. Enfin la scène finale de La Rondine confine à l'anthologie tant les deux chanteurs excellent à nous faire vibrer avec eux.

Trois bis au total : un très beau Cor Ingrato par Castronovo qui nous fait oublier un orchestre en quasi perdition suivi par une chanson de Doretta magistrale et le duo du 1er acte de La Bohème dont la beauté et l'intensité aurait justifié à lui seul la soirée.

PROGRAMME :

Massenet
Phèdre, ouverture
Sapho, «Qu’il est loin mon pays»
Sapho, «Pendant un an je fus ta femme »
Werther, «Traduire... Pourquoi me réveiller»
Thaïs, «Ah ! Je suis seule enfin... Dis moi que je suis belle»
Thaïs, Méditation
Manon, « Toi ! Vous !... N’est-ce plus ma main »


Mascagni : Intermezzo, Guglielmo Ratcliff
Cilea : Adriana Lecouvreur, «Io son l’umile ancella»
Mascagni : l'Amico Fritz, «Ed anche Beppe amo»
Puccini : Manon Lescaut, «Sola, perduta, abbandonata»
Cilea : L'Arlesiana, «E la solita storia del pastore»
Puccini :
Manon Lescaut, Intermezzo
La Rondine, scène finale

Bis
Cardillo : Core 'Ngrato
Puccini : La Rondine, « Chi il bel sogno di Doretta »
La Bohême, « O soave fanciulla »

Orchestre National d'Ile-de-France, direction : Marco Zambelli

7 juin 2016 - Ermonela Jaho et Charles Castronovo au Théâtre des Champs Elysées.

Commenter cet article

Bruno Maury 09/06/2016 21:01

Bravo Jean-Luc pour cette critique toute en nuances, contrairement à la direction de Zambelli...!

Jean-Luc 09/06/2016 21:47

Merci Bruno !

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