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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


11 août 2016 - La Traviata (Verdi) au festival de Saint-Céré (château de Castelnau-Bretenoux)

Publié par Jean Luc sur 17 Août 2016, 18:16pm

Catégories : #Opera mis en scene

Opéra populaire s'il en est, maintes fois représenté, La Traviata est un vrai challenge de mise en scène puisqu'il faut éviter de tomber dans le déjà vu et échapper à la grandiloquence du drame bourgeois du XIXème. Challenge globalement relevé avec succès par Olivier Desbordes. Celui-ci nous propose un gigantesque flash back dans lequel Violetta, de son lit de mort, revit son passé (les actes I et II en l'occurrence). Il y a donc deux Violetta. Une Violetta ( muette), joliment incarnée par Fanny Aguado, qui s'étourdit et essaie d'échapper par la sensualité au déterminisme social et qui sera écrasée par l'égoïsme des hommes et l'hypocrisie sociale face à la maladie. Et une Violetta alitée, souffrante et chantante, constamment filmée en gros plan et projetée en noir et blanc sur un gigantesque écran en fond de scène. Et ce dispositif fonctionne très bien, refaisant surgir l'émotion, en grande partie grâce au talent expressif de Burcu Uyar. Cette vision se traduit par l'enchaînement du Prélude avec le récit du prélude du III, avant d'ouvrir la représentation sur le Ier acte. Seule faiblesse, mais de taille, le dispositif scénique qui intègre l'orchestre dans le tiers gauche du plateau et le lit de mort de Violetta dans son tiers droit : ce dispositif gêne et les chanteurs et le chef, qui, quoique faisant son possible pour être visible des interprètes, ne pourra toutefois pas éviter de nombreux décalages dans les ensembles et les duos. Dommage.

D'autant plus dommage que l'orchestre Opéra Eclaté est en grande forme et que, en dépit du format orchestre de chambre, Gaspard Brecourt le porte à son meilleur, nuançant à l'infini et soutenant, et les éclats festifs et la longue plainte de Violetta. Une très belle interprétation.

Les seconds rôles ne s'en tirent pas très bien, partie à raison du dispositif évoqué ci-dessus, qui appelait un plus grand usage de la scène que celui de chanteurs jeunes pour la plupart. Le Giorgio Germont de Christophe Lacassagne est totalement inexpressif, semblant uniquement obsédé par la note, et connaissant quelques problèmes de justesse. Regrettable dans la scène du II qui devrait atteindre des sommets d'émotion.

Heureusement, l'Alfredo de Julien Dran ne connaît pas ces difficultés. La voix est belle, juvénile, souple et ce beau matériau prête au personnage ce qu'il faut de candeur et d'égoïsme. Du beau ténor, en somme, tout en musicalité et affrontant crânement les difficultés de la partition.

Burcu Uyar est impressionnante. Sa tessiture de coloratura se plie au rôle avec aisance et elle réussit à incarner Violetta en dépit des nombreuses nuances du personnage. Féline et provocante au I, incrédule et brisée au II, désespérée et agonisante au III. D'autant plus remarquable qu'elle doit par ailleurs jouer pour l'écran, qu'elle crève littéralement, une Violetta qui scrute son passé. Une superbe surprise et une interprétation magistrale qui ne déparerait pas une grande maison d'opéra.

La Traviata
De Giuseppe Verdi
Livret de Francesco Maria Piave d'après le roman d'Alexandre Dumas fils
Mise en scène Olivier Desbordes
Assisté De Benjamin Moreau
Direction musicale Gaspard Brecourt
Avec
Burcu Uyar :Violetta
Fanny Aguado : Violetta muette
Julien Dran : Affredo
Christophe Lacassagne : Germont
Sarah Lazerges : Flora
Éric Vignau : Gaston
Matthieu Toulouse : Le Docteur Grenvil
Yassine Benameur : Baron Douphol
L’ensemble Opéra Éclaté

11 août 2016 - La Traviata (Verdi) au festival de Saint-Céré (château de Castelnau-Bretenoux)

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