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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


27 janvier 2017 - Juditha triumphans (Vivaldi) à l'Opéra royal de Versailles

Publié par Jean Luc sur 28 Janvier 2017, 20:23pm

Catégories : #Oratorio


"Juditha triumphans devicta Holofernis barbarie" a été créé à Venise (Ospedale della Pietà) en novembre 1716.  C'est le seul oratorio de Vivaldi qui nous soit parvenu. Le livret, en latin, de Iacopo Cassetti, est un résumé du récit biblique du livre de Judith. L’œuvre raconte comment Judith réussit à séduire le général assyrien Holopherne puis lui coupe la tête, mettant ainsi fin au siège de Béthulie.

L'œuvre est une commande destinée à exalter la victoire de Venise sur les turcs et la reconquête de Corfou à l'été 1716. Comprise comme une allégorie de la victoire de Venise sur les barbares grâce à l'intervention divine,  elle connut un très grand succès. L'extraordinaire richesse instrumentale qui caractérise cet oratorio doit beaucoup à l'instrumentarium que fournissait à Vivaldi les pensionnaires de l'Ospedale della Pietà, à la fois orphelinat pour jeunes filles et conservatoire de musique au sein duquel Vivaldi occupa diverses fonctions à partir de 1703 et jusqu'en 1740. La qualité et le nombre des instrumentistes permit ainsi à Vivaldi de disposer d'un orchestre de taille inhabituelle : le continuo est assuré par deux clavecins, quatre théorbes, une mandoline et un orgue, les cordes, nombreuses, sont complétées par cinq violes all'inglese et une viole d'amour et l'orchestre comprend en outre un chalumeau, deux flûtes, deux hautbois, un basson, deux clarens, un salmoé, deux trompettes et des timbales. A la création, l'orchestre, les cinq chanteurs solistes et le choeur étaient exclusivement tenus par les pensionnaires de l'Ospedale.

Robert King dirige le King's Consort avec énergie et l'entraîne dans une formidable quête d'authenticité musicale qui procurent au public des découvertes saisissantes. Il serait fastidieux d'énumérer les très nombreux instants de grâce absolue qui ont émaillé cette représentation mais on gardera longtemps dans l'oreille (et pour notre plus grand bonheur) le merveilleux accompagnement (violes et théorbes) du "Summe astrorum.... In somno profundo ou celui (chalumeau et cordes) du "Veni, veni" ou encore le hautbois (et orgue) de "Noli, o cara". Mais à côté de ce somptueux matériau instrumental qui utilise parfaitement des instrumentistes talentueux, les équilibres sont parfois précaires, notamment au cours de la 1ère partie et certains choix de tempo ont semblé un peu hasardeux. Et quelle idée curieuse d'utiliser, au rebours de la recherche d'authenticité qui marque l'interprétation musicale, un chœur mixte, au demeurant excellent.

Initialement, le rôle de Judith devait être interprété par Malena Ernman. Mais souffrante, la mezzo soprano a été remplacée par Marianne Beate Kielland, programmée à l'origine dans Holofernes. Il a donc fallu remplacer celle-ci, ce qui échut à Emilie Renard.

Hilary Summers dans le petit rôle d'Ozias propose une voix de contralto au timbre qui semble précocement abîmé. Elle n'est pas très convaincante et elle a connu de surcroît une vraie défaillance vocale dans sa deuxième intervention. Gaia Petrone est beaucoup plus convaincante. Elle déploie dans Abra une voix étoffée de mezzo, souple et aux beaux aigus lumineux. Elle interprète son rôle avec conviction, insistant sur la complicité d'Abra avec Judith.

Seule soprano de la distribution, Julia Doyle est un assez beau Vagaus. La voix est belle mais sans grand caractère, la vocalise est facile et ample, l'ornementation élégante mais elle a aussi rencontré de vraies difficultés de justesse qui ont entaché une prestation par ailleurs agréable. Le Holopherne d'Emilie Renard est la grande déception de la soirée. Si la technique est évidente, notamment dans des récitatifs impeccablement ciselés, la voix est petite et la projection du médium est insuffisante, ce qui est problématique pour une mezzo. Très couverte par un orchestre volumineux et enthousiaste, elle ne parvient à aucun moment à incarner ni Holopherne ni sa barbarie.

Marianne Beate Kielland domine très largement un plateau dont on vient d'évoquer les faiblesses. Le timbre est somptueux, l'aigu souple et pur, le grave profond et les couleurs s'approchent sans aucun doute du contralto. Sa Judith, apprise au pied levé, est humaine, animée d'une duplicité sinueuse mais aussi pleine de fureur divine. Grande interprétation qui intègre parfaitement l'ambivalence de l'oratorio de Vivaldi qui penche assez souvent vers l'opera seria. Et si elle parvient à nous faire oublier la défection de Malena Ernman, son interprétation aux multiples inflexions nous fait presque regretter l'Holopherne qu'elle aurait dû incarner.

27 janvier 2017 - Juditha triumphans (Vivaldi) à l'Opéra royal de Versailles

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