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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


14 février 2017 – Fantasio (Offenbach) au Théâtre du Châtelet

Publié par Jean Luc sur 16 Février 2017, 19:30pm

Catégories : #Opera mis en scene

Créé le 18 janvier 1872 à l’Opéra Comique, Fantasio véhicule, comme la pièce de Musset dont il est issu, une aura de malédiction. De fait, en dépit d’une belle distribution, la création parisienne fut un fiasco et la reprise viennoise, en allemand, ne rencontra guère qu’un succès d’estime. Offenbach se détourna de l’oeuvre dont il réutilisera des morceaux pour les Contes d’Hoffmann. 

L’échec de Fantasio est avant tout un échec politique : la création juste après la débâcle de Sedan d’une pièce dont l’action se déroule en Bavière, qui célèbre la paix et qui est écrite par un compositeur aux origines “prussiennes”, de surcroît suspecté d’avoir entretenu avec le régime précédent et sa propagande des liens étroits, va déchaîner l'animosité.

Musicalement, l’oeuvre est un hybride entre l’opérette et le grand opéra romantique qui peut désarçonner un public et dont l’intérêt n’est d’ailleurs, il faut bien l’avouer, pas majeur. Si la volonté d’Offenbach de se détacher de son image de compositeur comique, évolution qu’il mènera d’ailleurs bientôt à bien avec les Contes d’Hoffmann, est transparente, elle n’est pas toujours heureuse tant la double appartenance de l’oeuvre à des genres très différents nuit à l’émotion.

La production présentée par l’Opéra Comique (au Châtelet) s’appuie sur l’édition critique de Jean-Christophe Keck qui, en 2013, a reconstitué la partition à partir de la version viennoise et de fragments qui nous étaient parvenus. Elle intègre en outre des textes d’Alfred de Musset “ajoutés” par le metteur en scène pour rééquilibrer la dramaturgie.

Le livret raconte l’histoire d’un étudiant désinvolte, criblé de dettes (Fantasio) qui, par ennui, prend la place du bouffon décédé du roi pour approcher la princesse. Celle-ci est promise au prince de Mantoue pour sceller la paix entre les deux royaumes. Mais Fantasio va la séduire et déjouera les projets matrimoniaux au terme de diverses péripéties comiques qui permettront de sauvegarder la paix et d’éviter le mariage.

Si la reprise de cet ouvrage peut être questionnée au regard de son intérêt musical, on oublie rapidement cette réserve tant le travail de Thomas Jolly est remarquable et ingénieux. Il parvient à occuper en permanence le très grand plateau du Châtelet, utilisant à merveille les effets musicaux voulus par Offenbach (le cochon pendu de Sparck, la descente d’escalier de Fantasio ou la chute du prince par exemple), exploitant les ressorts comiques tout comme la poésie de l’œuvre et mettant au service d’une direction d’acteurs millimétrée la jeunesse d’une distribution qui sert impeccablement ses intentions. Le décor très sombre au lever de rideau (à peine « éclairé » par des flocons de neige) se colore peu à peu pour finir dans une explosion de couleurs au final. Admirablement servie par les lumières d’Antoine Travert (dont on avait déjà apprécié le talent dans Eliogaballo : voir ici) et de Philippe Berthomé, la mise en scène de Thomas Jolly est un élément central du succès de cette production.

Au pupitre, Laurent Campellone dirige avec efficacité l’Orchestre Philarmonique de Radio France et nous restitue l’élégant désespoir d’Offenbach tout comme sa railleuse énergie. Son travail est parfaitement cohérent tant au plan musical qu’au plan de la relation avec le plateau, relation dans laquelle on perçoit la complicité et le travail qui a prévalu entre le metteur en scène et le chef. Totalement intégré à la mise en scène qu’il sert avec enthousiasme le Chœur Aedes de Mathieu Romano est, comme très souvent, irréprochable.

La principale déception de cette belle soirée a été la prestation de Marianne Crebassa. Si elle est extraordinairement bien dirigée et si sa composition théâtrale est assez remarquable, il n’en demeure pas moins que vocalement ce n’est pas ça et que la voix montre des limites évidentes, voire dangereuses. La somptuosité quasi charnelle des graves et du médium fait place à une instabilité de l’aigu qui se dévoile dès le haut médium et qui produit des notes de passage hasardeuses. Cette instabilité produit aussi une justesse approximative de l’aigu qui est un peu détimbré et affecté d’un vibrato alourdi et assez laid. Enfin, peut être encore moins excusable, la diction est totalement approximative et oblige très souvent à se reporter aux sur titres pour suivre l’action.

La princesse de Bavière est interprétée par une Marie-Eve Munger en grande forme, composant un personnage fantasque et partagé entre devoir et rébellion. La voix est belle, la longueur de souffle remarquable et l’aigu rayonnant même si on peut le trouver un peu trop “citronné” et aminci dans le haut du registre. Très applaudi, Jean-Sébastien Bou s’engage fortement dans son Prince de Mantoue. Il semble prendre grand plaisir aux facéties que le rôle lui offre et que Thomas Jolly souligne à l’envi. Le grave est rond, puissant, le medium chatoyant et la diction impeccable et élégante.

Philippe Estèphe chante Sparck, d’une voix brillante, bien timbrée et séduisante. Sa diction française est parfaite, comme l’est celle de ses joyeux compagnons interprétés par Enguerrand de Hys, Flannan Obé et Kévin Amiel (Facio, Hartmann et Max) qui associent eux aussi, avec le plus grand bonheur, qualités vocales et engagement théatral. Alix Le Saux (Flamel) présente ces mêmes qualités et un don théâtral tout aussi évident. Je suis resté un peu plus sur la réserve avec le Marinoni de Loîc Félix dont la voix est un peu trop « dans le masque » pour mon goût malgré une composition comique très réussie. Le roi de Bavière de Franck Leguérinel, enfin, était parfaitement convaincant, voix solide et puissante et diction soignée.

De cette distribution jeune on retiendra donc le talent et l’enthousiasme, dons prometteurs pour les futures productions de l’Opéra Comique si on relève que la plupart d’entre eux sont membres résidents ou associés de la Nouvelle Troupe Favart.

14 février 2017 – Fantasio (Offenbach) au Théâtre du Châtelet
14 février 2017 – Fantasio (Offenbach) au Théâtre du Châtelet

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