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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


24 février 2017 - Werther (Massenet) à l'Opera de Massy

Publié par Jean Luc sur 25 Février 2017, 15:56pm

Catégories : #Opera mis en scene


24 février 2017 - Werther (Massenet) à l'Opera de Massy

Le chef d'œuvre de Massenet, qui aura tant peiné à s'imposer sur les scènes françaises est aujourd'hui devenu un incontournable des saisons un tant soit peu ambitieuses. Et pourtant, représenter Werther aujourd'hui reste un authentique challenge tant cet opéra expose au risque de contresens dans la mise en scène et dans l'interprétation musicale. Ajoutez à cela un argument très travaillé par le compositeur qui présente un quatuor de personnages principaux à la psychologie complexe et ambivalente. Challenge relevé par cette co-production des scènes de Metz, Massy et Reims.

La mise en scène de Paul-Émile Fourny (par ailleurs directeur de l’Opéra de Metz) présente une ligne construite et cohérente. Visiteur de musée, Werther  tombe en arrêt devant un tableau de la famille du Bailly et tombe amoureux de Charlotte. Tout sera ensuite organisé sous forme d'échanges entre les tableaux successifs (l'imaginaire de Werther) et l'avant de la scène (la réalité) jusqu'à la mort de Werther qui se déroule dans le tableau avant que son cadavre retombe sur le sol du musée. Cette mise en scène, qui comporte quelques références à Magritte, fonctionne parfaitement, si l'on excepte le 1er tableau du II, un peu lourdaud. Elle est superbement servie, au plan esthétique, tout au long de la représentation par les cadres en bois des décors de Benoit Dugardyn et les beaux éclairages de Patrick Méeüs. 

A la tête d'un Orchestre de l'Opera de Massy fluide et  convaincant, David T. Heusel assure un très bon soutien des solistes et livre une interprétation puissamment évocatrice mais qui évite le piège de la mièvrerie et du sentimentalisme excessif dans lequel d'autres se sont perdus. 

Les enfants, issus de la Maîtrise des Hauts de Seine, remplissent leur office avec fraîcheur et talent. Eric Mathurin et Julien Belle jouent de la fibre comique du duo formé par Schmidt et Johann, même si la performance vocale du premier est un peu en retrait. Le bailli de Christian Tréguier dispose des moyens du rôle et parvient, sans difficulté à assumer les changements de tonalité appelés par l'œuvre. 

La Sophie de Léonie Renaud est intéressante car, loin de l'habituelle adolescente naïve et un peu gourde, elle compose un personnage amoureux de Werther qui cherche sans répit à le séduire. La voix est légère, dotée d'une couleur intéressante et dispense la joie légère voulue par le compositeur. Alexandre Duhamel plie sa belle voix de baryton à la composition délicate d'Albert. Il sait rendre impeccablement et le côté bonasse du personnage et la dévorante jalousie qui fait suite, allant jusqu'à glacer la salle de colère contenue.

Mireille Lebel présente une ligne vocale parfaitement adaptée au personnage de Charlotte. La voix est claire et puissante, très souple et capable de très beaux effets. L'air des lettres est chanté avec une mélancolie frémissante, soutenue par un vibrato de grande qualité. L'expressivité est toutefois parfois un peu excessive et tranche peut être un peu trop avec la pudique retenue adoptée par le chef. Mais le conflit intérieur de l'inflexible luthérienne de devoir avec l'amoureuse éperdue est vibrant tout au long de sa prestation.

Restent Werther et son interprète. Le rôle de Werther "rôle périlleux entre tous, exige un interprète charismatique, faute de quoi le personnage risque d'agacer le public et de ne jamais gagner sa sympathie" (Kaminski). La prise de rôle de Sebastien Guèze dans cet exigeant emploi de ténor dramatique pouvait donc inquiéter ceux qui, comme moi, craignaient que ce soit un peu tôt. Mais le "ténor ardéchois" réussit parfaitement son pari. Soutenu par la mise en scène, il évite une interprétation trop "romantique" privilégiant un Werther rêveur et asocial, confondant rêve et réalité et dont la déception amoureuse sera davantage le déclencheur du suicide que sa cause réelle. Évitant tous les effets faciles du pathos, il semble comme consumé, dévoré, par son personnage. De tous les solistes, il est à l'évidence le plus à l'aise sur scène. Son phrasé travaillé s'appuie sur une diction de qualité ; l'aigu bien projeté est souvent admirablement maîtrisé dans son émission.  Certes, dans le haut du registre la diction perd de sa netteté et il a évité un ou deux aigus mais cette aisance dans le mezza voce, le recours subtil à la voix mixte, cette façon d'alléger l'émission, ces piani-pianissimi filés et ces aigus transperçants sèchement interrompus en font un très bel interprète de Werther. Nul doute que le temps, sur ce rôle qu'il convient, entre tous, de vivre et de s'approprier, lui permettront de devenir un des plus grands Werther, a l'image d'un Alfredo Kraus dont on entend quelques échos dans cette belle voix. Une prise de rôle réussie ! 

 

 24 février 2017 - Werther (Massenet) à l'Opera de Massy
 24 février 2017 - Werther (Massenet) à l'Opera de Massy

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mpr 25/02/2017 17:30

bien bel article !!! je pense que tu as passé une bonne soirée !!!!

Jean Luc 25/02/2017 17:45

Oui, c'était saisissant et très émouvant.

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