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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


26 février 2017 - Arminio (Haendel) au Staatstheater de Karlsruhe.

Publié par Jean Luc sur 27 Février 2017, 19:00pm

Catégories : #Opera mis en scene

Arminio est le premier des trois opéras de Haendel créés au cours de la seule année 1737 (avec Giustino et Berenice), année qui signe la fin de sa coopération avec Covent Garden et son retour au King's Theatre au sein duquel il délaissera l'opéra italien au profit des drames en langue anglaise.

L'argument est tiré des Annales de Tacite qui narre le massacre des légions de Varus dans la forêt de Teutoburg. L'opéra se concentre sur le chef germain Arminio, marié à Tusnelda, et arrêté par les romains suite à la trahison de son beau-père, Segeste. Le fils de celui-ci, Sigismondo est fiancé à la sœur d'Arminio, Ramisa. L'empereur exige de Varo l'exécution d'Arminio, et Segeste lui promet la main de Tusnelda dont Varo est éperdument amoureux. Arminio parviendra à échapper à l'exécution et sa victoire militaire (et la mort de Varo) remettent les choses dans leur ordre initial...

Malgré une belle distribution, la création ne rencontra pas le succès et l'œuvre fut retirée après 6 représentations. S'ensuivit un long oubli jusqu'en 1935 et surtout la reprise de 1972 par Unicorn Opera. Arminio reste rare à la scène, faute à un livret mal structuré et caricatural et à une partition qui est parfois faible bien qu'elle comporte des pages sublimes qui relèvent du plus pur génie de Haendel.

Cette série de représentations, dans le cadre du festival Haendel de Karlsruhe, reprend celles de l'an dernier avec une distribution légèrement modifiée. La belle et efficace mise en scène est réalisée par Max-Emmanuel Cencic qui souligne la dimension familiale et conjugale de l'œuvre au détriment de sa dimension guerrière et passionnée. L'acte I est ainsi une réminiscence de la fuite à Varennes, tout comme la présence de la guillotine rappelle la Révolution, le reste de l'action évoque l'invasion de l'Allemagne par les troupes napoléoniennes ; Arminio et Tusnelda incarnent un idéal de famille bourgeoise, alors que le duo Sigismondo-Ramise verse dans la caricature burlesque (presque excessivement d'ailleurs, la justification de l'ébriété constante de Ramise comme celles de la lâcheté et de la mollesse de Sigismondo peinant à être vraisemblables et confinant au balourd dans la scène de la castration manquée). Obsédé par son désir sexuel pour Tusnelda, Varo quant à lui se caresse ostensiblement devant son portrait et finira par la violer. Enfin le pardon de Segeste semble un simulacre politique puisqu'il sera guillotiné. L'ingénieux dispositif scénique composé de plateaux tournants concentriques permet de développer l'action et de procéder à des changements à vue de décors et d'atmosphères. Très beaux décors d'ailleurs, se découpant sur de belles vidéos de cieux et agrémentés par des costumes somptueux.

Musicalement la représentation tient très largement les promesses de l'enregistrement. En premier lieu grâce à l'excellent travail de George Petrou à la tête d'Armonia Atenea. Le tempo est vif et enlevé, les équilibres très fins et les phrasés très travaillés. L'attention au plateau est permanente, attention d'autant plus nécessaire que la fosse du Badisches Staatstheater n'est pas profonde.

Max Emanuel Cencic excelle en Arminio. Le chant est à la fois très expressif et impeccablement virtuose. Le timbre mordoré, d'une superbe fluidité et au médium onctueux soutiennent une interprétation exceptionnelle. Au Ier acte, il fait palpiter " Ah par della mia sorte...", joliment vocalisé. Au deuxième acte le très virtuose "Si, cadro… " et plus encore le pantelant "Vado a morir" constituent des sommets d’émotion. Au troisième acte enfin, Max Emmanuel Cencic retrouve une virtuosité sans défaut dans "Ritorno alle ritorte" et dans le vertigineux "Fatto scorta al sentier della gloria".

La Tusnelda de Lauren Snouffer sera justement très applaudie. Elle dispose d'un très beau timbre de soprano, d'une remarquable homogénéité sur toute son étendue, et de remarquables qualités théâtrales. Ces qualités sont particulièrement évidentes au IIème acte dans "Al furor che ti consiglia…", et son travail en duo avec Cencic livre une fin du II totalement hypnotique.

A leurs côtés, le Varo de Juan Sancho est d'une virilité exacerbée et dégouline de désir contrarié. Sa prestation, soutenue par sa présence théâtrale, est plus intéressante qu'au disque et il confirme son excellence dans ces rôles de ténor baroque. Son interprétation culmine dans un superbe "Mira il ciel" somptueusement accompagné par les bois d'Armonia Atenea.

Alessandra Kubas-Kruk possède sans conteste les qualités vocales nécessaires à Sigismondo. Bien que s'appuyant sur une technique qui semble marquée par les rôles romantiques, elle compose un Sigismondo de haut niveau, mais elle semble peu à l'aise dans la mise en scène, abordant le grotesque du personnage voulu par Cencic avec trop de retenue, créant ainsi un décalage peu heureux. Surtout, elle assume mal la masculinité du personnage et on aurait préféré y entendre, comme à Cracovie, un contre ténor dont le médium aurait davantage assis le caractère masculin du personnage.

Je suis davantage réservé sur la Ramise de Gaia Petrone. Bien que dotée de grandes qualités théâtrales et d'un abattage remarquable, Gaia Petrone ne possède pas les graves du rôle (écrit rappelons le pour un contralto) et la puissance est insuffisante. C'est dommage car le timbre est très beau et la voix d'une grande souplesse naturelle, notamment dans l'aigu et le haut médium. Le Segeste de Pavel Kudinov est lui très réussi : graves chauds et denses, timbre qui sait se plier aux lâchetés et mesquineries de son personnage. Enfin Owen Willetts est une très belle découverte dans le "petit" rôle de Tullio dans lequel il déploie une voix agile au timbre pur tout en composant un personnage de vrai romain à l'antique, tout de droiture et de rigueur, condamnant un Varo perclus de vices.

Au rideau, ce sera un grand succès, totalement justifié, pour cette étincelante reprise.

 

 

26 février 2017 - Arminio (Haendel) au Staatstheater de Karlsruhe.
26 février 2017 - Arminio (Haendel) au Staatstheater de Karlsruhe.
26 février 2017 - Arminio (Haendel) au Staatstheater de Karlsruhe.
26 février 2017 - Arminio (Haendel) au Staatstheater de Karlsruhe.

Commenter cet article

LMC 24/03/2017 09:53

Des applaudissements mérités quand le rideau tombe, merci pour cet article qui rend honneur à cette représentation d'Arminio.

Jean-Luc 24/03/2017 10:26

Merci !!!!

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