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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


24 mars 2017 - Béatrice et Bénédict (Berlioz) à Garnier.

Publié par Jean Luc sur 25 Mars 2017, 18:38pm

Catégories : #Opera version concert

Berlioz a envisagé de composer un « opéra italien fort gai » à partir de la pièce de Shakespeare "Beaucoup de bruit pour rien" dès 1833. Ce n'est que beaucoup plus tard qu'il réalisera cette aspiration. Le directeur du théâtre de Baden-Baden lui propose de composer un opéra pour le festival d'été : Berlioz écrivant son propre livret à partir de la pièce de Skakespeare, dont il conserve somme toute peu de choses, Béatrice et Bénédict sera créé le 9 août 1862 à Baden-Baden. Repris à Weimar l'année suivante, l'opéra est complété à cette occasion de deux numéros : le trio réunissant Béatrice, Héro et Ursule et le célèbre « Chœur lointain ». Malgré un très grand succès, il faudra attendre 1890 (Berlioz est alors décédé depuis 1869) pour une reprise, à l'Opera comique.

De l'œuvre de Shakespeare, Berlioz ne retient en réalité que la relation de Béatrice et Bénédict. L'argument tient tout entier dans une succession de scènes destinés à convaincre les deux protagonistes qu'ils sont amoureux l'un de l'autre et de générer ainsi un véritable amour. L'ambiance est à la comédie légère, à la raillerie, aux mots d'esprit.

A la baguette, Philippe Jordan manque un peu d'emphase et ne parvient pas à insuffler à l'oeuvre une dimension propre à susciter l'intérêt. De fait, elle semble inégale, comme décousue alors même que les couleurs que déploie l'orchestre dans le duo qui clôt le 1er acte sont somptueuses. Donné en version de concert, l'opéra bénéficie néanmoins d'une mise en espace imaginative et efficace, réalisée par Stephen Taylor, dont le travail souligne la dimension comique de l'œuvre et dément sa réputation d'être difficile à monter. 

Laurent Naouri est un truculent et bondissant Somarone. La voix est solide, les intentions parfaitement maîtrisées et le grotesque du personnage distillé avec humour et mesure. Don Pedro est bien servi par la silhouette et la voix de François Lis qui apporte au personnage un brin de distance et de décalage. Dans le petit rôle de Claudio, Florian Sempey est lui aussi impeccable. Sa belle voix de baryton domine les ensembles masculins, en particulier le trio "Me marier ? Dieu me pardonne !".

Sabine Devieilhe assure le rôle de Hero avec une aisance confondante. Elle est magistrale dans son grand air du I, d'inspiration curieusement très belcantiste avec vocalises ("Je vais le voir") et bouleversante dans le long et célèbre duo sur lequel tombe le rideau du Ier acte ("Nuit paisible et sereine"), qui est une pure merveille, d'une force d'évocation remarquable. Dans ce même duo, Aude Extremo (Ursula) lui donne parfaitement la réplique son superbe timbre d'alto aux graves épicés s'harmonisant superbement avec le soprano brillant de S Devieilhe. 

On a regretté l'indisposition de Stanislas de Barbeyrac. Si Paul Appleby compose un Bénédict crédible, à la diction française impeccable et aux beaux aigus bien projetés, le medium est trop peu sonore et le style trop italien pour ce rôle. Il est d'ailleurs totalement écrasé par Stephanie d'Oustrac au Ier acte. Celle-ci vit intensément son personnage : la voix se plie à la raillerie avec des accents quasi gouailleux, se plie au sentiment amoureux en déployant un medium caressant, se plie à la crainte avec des graves inquiets. Une grande interprétation même si certaines attaques dans l'aigu, au second acte, ont semblé un peu trop tirées, presque criées. Mais elle domine complètement le superbe trio féminin de cet acte dont les trois interprètes font un monument d'équilibre complice. 

Il est dommage en définitive que Philippe Jordan, peut être trop académique, n'ait pas su impulser une lecture plus audacieuse en présence d'une distribution presque entièrement parfaite.

 

24 mars 2017 - Béatrice et Bénédict (Berlioz) à Garnier.

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