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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


30 mars 2017 - Elisabetta, Regina d'Inghilterra (Rossini) à l'Opera royal de Versailles.

Publié par Jean Luc sur 31 Mars 2017, 18:56pm

Catégories : #Opera version concert

En 1815, c'est un Rossini de 23 ans qui est invité à composer pour le San Carlo de Naples. Le 4 octobre 1815, la création d'Elisabetta, Regina d'Inghilterra, fruit de cette invitation, est un immense succès qui inaugure huit années de travail de Rossini avec Naples (et neuf opéras pour le San Carlo). Ce succès est imputable à la remarquable adaptation de Rossini au goût napolitain (les récitatifs sont, par exemple, accompagnés par l'orchestre), allant jusqu'à écrire intégralement les ornementations, ce qui constitue deux innovations. Mais le succès est dû surtout à la disponibilité d'une distribution exceptionnelle. Qu'on en juge : sont présents sur scène au soir de la création, Isabelle Colbran (que Rossini épousera), Manuel Garcia et Andrea Nozzari. L'écriture tient compte des exceptionnelles capacités de ces interprètes et est en conséquence particulièrement exigeante en termes de longueur de souffle et de virtuosité. La complexité de l'écriture et les qualités nécessaires aux interprètes sont telles que Kaminski a pu écrire : "Sans un ensemble vocal idoine, "Elisabetta" est appelée à échouer (...)".

Rare sur scène, l'œuvre est néanmoins familière à l'auditeur, tant elle regorge d'auto emprunts : en particulier l'ouverture, empruntée à Aureliano deviendra celle du Barbier, le 1er air d'Elisabetta sera réutilisé pour Rosine.... Le livret est organisé autour de la Reine Vierge, qui est ici partagée entre son amour pour le comte de Leicester, vainqueur des écossais qui menaçaient son trône et sa colère face à la trahison du même Leicester qui a épousé Mathilde, princesse écossaise. Le comploteur Norfolk pousse Elisabeth à punir Leicester et Matilda, qui jurent préférer la mort à la séparation, même si Elisabeth propose sa main à Leicester. Norfolk finira par comploter contre Elisabeth et tentera de l'assassiner. Révélé à temps et déjoué par Leicester et Mathilde, le complot échouera et Elisabeth bénira  l'union des deux amants.

Cette unique soirée, en version de concert, est la conclusion d'une série de représentations d'Elisabetta (mises en scènes) au Theater An der Wien (Vienne). De ces représentations subsiste un travail perceptible de caractérisation des personnages et une aisance des interprètes, libérés des pupitres et des partitions. Alexandra Deshorties semble hésiter entre deux lectures de son rôle : celle de la reine inflexible véhiculée par la tradition ou celle d'une amoureuse bafouée. De fait, elle semble plus à l'aise dans le second nous donnant à entendre un superbe duo - puis trio- dans l'acte II (Pensa che sol per poco). Si le medium et le grave sont superbes, l'aigu est mis à mal par la partition, d'une justesse approximative, frôlant souvent, désagréablement et avec une puissance appuyée et disproportionnée avec la salle, le miaulement (au I) ou le cri (au II). Tout ceci donnait l'impression que, indépendamment d'indéniables qualités techniques et vocales, l'interprète n'a pas tout à fait les moyens du rôle. 

Voix plus petite, Ilse Eerens se tire à merveille du rôle de Mathilde. La voix est claire, l'aigu lumineux, les ornementations conduites avec une irréprochable technique. Au final, c'est une bien belle Mathilde qu'elle nous donne à entendre, tant dans ses solos que dans le superbe duo du II.

Du côté des hommes, les deux ténors sont remarquables. La science vocale de Barry Banks est manifeste dans ce rôle meurtrier et vertigineux de Norfolk qu'il caractérise avec un art consommé. Ce Norfolk haineux et méchant est un régal comme le sont ses aigus éclatants et vaillants. On lui pardonnera facilement quelques vocalises un peu savonnées tant le rôle est exigeant ! De vaillance Norman Reinhardt (Leicester) ne manque pas non plus. Le timbre clair correspond parfaitement au personnage et à ce rôle à l'écriture plus centrale que celui de Norfolk. Son chant est tout en élégance, surmontant avec aisance les difficultés et offre de belles variations. Le duo des deux ténors à l'acte II (Deh, te scusa) est un modèle de confrontation de vaillance, parfaitement réussie par les deux interprètes. Dans les rôles plus petits de Guglielmo et de Enrico, Erik Arman et Natalie Kawalek sont eux aussi impeccables. 

Le chœur Arnold Schönberg, sous la direction de Erwin Ortner, est tout simplement parfait, surtout dans sa formation masculine, qui accompagne l'acte II avec une intensité impressionnante.

Au pupitre, Jean-Christophe Spinosi dirige avec sa fougue et son enthousiasme habituels. Il enchaîne les trouvailles sonores avec un rare bonheur et prend son superbe Ensemble Matheus à bras le corps. Cette fougue conduit parfois à quelques approximations, notamment dans l'accompagnement des récitatifs, ou à un peu de désordre (le final du II) mais on pardonnera volontiers ce revers de cette belle médaille rossinienne, tout comme on oubliera quelques coquetteries superfétatoires de tempo, notamment dans l'ouverture.

Le public un peu mou a paru ravi mais n'a pas suivi avec autant d'enthousiasme qu'il y en avait sur scène.

30 mars 2017 - Elisabetta, Regina d'Inghilterra (Rossini) à l'Opera royal de Versailles.

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Angelilie 01/04/2017 13:56

toujours un plaisir de flâner sur vos pages. au plaisir de revenir

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