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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


28 juin 2017 - Concert Pretty Yende au Théâtre des Champs Elysées.

Publié par Jean Luc sur 29 Juin 2017, 18:00pm

Catégories : #Concert

 

C’est un programme « à l’ancienne » que celui de ce concert, plus pensé comme devant permettre de briller à l’interprète que construit autour d’un fil directeur plus ou moins savant ou plus ou moins artificiel. On se retrouve ainsi aux antipodes du concert de Joyce Di Donato dont il fut rendu compte ici même. 

 

Programme du romantisme bel cantiste puisque toutes les œuvres appartiennent à la première moitié du XIXème siècle, à l’exception des deux Massenet interprétés en seconde partie. Programme ambitieux (très) et perilleux (très), composé d’airs longs et de grande virtuosité, sans parler des exigences de caractérisation. Au delà de la sympathie qu’inspire spontanément l’artiste, de sa fraîcheur, de sa success story, ce courage et cette obstination à parer le bel canto de ses plus beaux atours forcent l’admiration. Tous les ingrédients d’une soirée réussie étaient donc réunis. Et cette soirée fut réussie, très réussie même, qui vit Pretty Yende longuement ovationnée par le public debout du théâtre des Champs Elysées.

 

La première partie s’articule autour de Rossini et de Bellini. Avec, en air de chauffe (!), un extrait du Comte Ory en français. La concentration au service de l’interprétation est impressionnante, la virtuosité indéniable. Frappante est la qualité de cette voix sur tout le registre et notamment le caractere très polymorphe du timbre dont les couleurs sont extrêmement changeantes selon les registres. D’où cette impression d’une voix soyeuse, chatoyante, et le sentiment que tout est possible pour cette voix là, sentiment que Pretty Yende entend bien, à l’evidence, conforter. Sa Rosine et dans ce fil là, toute en mutine virtusosité, ornementée à outrance et ponctuée de notes vertigineuses. Enfin sa Béatrice réussit le tour de force de faire passer la déploration dans la virtuosité du rôle qui ne s’apparente ici à aucun moment à un numéro de cirque.

 

Beaucoup mieux servie en deuxieme partie par Quentin Hedley et l’Orchestre de Picardie qui semblent plus inspirés et plus respectueux de la superbe interprète qu’il leur est donné d’accompagner, elle ouvre la seconde partie avec une Linda Di Chamounix dans laquelle elle est souveraine. Sa Manon, en suivant, est éclatante de jeunesse et de virtuosité, même si la diction française peut encore largement progresser. Fin de cette seconde partie sur une Lucia triomphante, assurément le rôle qu’elle maîtrise le mieux,  et qui déroule son halluciné dialogue avec la flûte avec un talent qui mettra le public debout alors même qu’il lui reste la cabalette à chanter.... Cabalette dans laquelle elle sera d’ailleurs moins brillante, faute peut être à la déconcentration que lui a imposé son public ravi.

 

Deux bis. Tout d’abord, le célèbre air de Dinorah qu’elle traverse, aérienne, d’une superbe musicalité, et interprétant de façon saisissante le dialogue avec son ombre. Puis une reprise du « Spargi d’amaro pianto » de Lucia qui confirme à nos oreilles éblouies qu’elle était restée en deçà en fin de programme et qui mettra à nouveau le public debout.

 

Pour autant, cette si belle soirée à comporté quand même quelques imperfections. En premier lieu une diction française qui est encore trop inégale et qui rend incompréhensibles certains passages du Comte Ory ou de Manon. En deuxieme lieu une volonté d’ornementation qui peut confiner à la faute de goût dans le rôle de Rosine, tant la cabalette est surchargée. En troisième lieu des suraigus attaqués vaillamment et précis le plus souvent mais parfois un peu haut, parfois un peu bas et qui de temps en temps s’affinent et se décolorent dangereusement. Enfin, une gestion du souffle un peu étrange qui, sur certaines longues phrases dans le medium, s’acheve sur une musicalité très amoindrie, un quasi parlando qui ne semble pas tout à fait volontaire.

 

L’Orchestre de Picardie et la direction de Quentin Hindley sont tout à fait appropriés à la seconde partie du concert mais laissent un goût amer sur la première tant ils sont inaptes à saisir les subtilités d’un Rossini ou d’un Bellini qu’ils scandent avec grossièreté et lourdeur.

 

Programme : 

 

Gioachino Rossini

Le Comte Ory, « En proie à la détresse »

Il barbiere di Siviglia, Ouverture (version A. Zedda) et air « Una voce poco fa »

Vincenzo Bellini 

Beatrice di Tenda, prélude et air « Respiro io qui... »

 

Gaetano Donizetti 

Linda di Chamounix, « O luce di quest’anima »

Jules Massenet 

La Vierge, « Le dernier sommeil de la Vierge »

Manon, « Je marche sur tous les chemins... Obéissons quand leur voix appelle »

Giuseppe Verdi 

Nabucco, ouverture

Gaetano Donizetti

Lucia di Lammermoor, « Il dolce suono... Spargi d’amaro pianto »

 

Bis

Giacomo Meyerbeer

Le pardon de Ploërmel, « Ombre légère »

Gaetano Donizetti

Lucia di Lammermoor, «Spargi d’amaro pianto »

 
28 juin 2017 - Concert Pretty Yende au Théâtre des Champs Elysées.
28 juin 2017 - Concert Pretty Yende au Théâtre des Champs Elysées.

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