Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Operaphile

Operaphile

Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


7 juin 2017 - La Reine de Chypre (Jacques-Fromental Halévy) au Théâtre des Champs Elysées.

Publié par Jean Luc sur 10 Juin 2017, 18:22pm

Catégories : #Opera version concert

7 juin 2017 - La Reine de Chypre (Jacques-Fromental Halévy) au Théâtre des Champs Elysées.
7 juin 2017 - La Reine de Chypre (Jacques-Fromental Halévy) au Théâtre des Champs Elysées.

7 juin 2017 - La Reine de Chypre (Jacques-Fromental Halévy) au Théâtre des Champs Elysées. Précédant de deux ans le Caterina Cornaro de Donizetti, La Reine dse Chypre est un grand opéra "à la française" en cinq actes qui fit l'admiration de Wagner et dont la première le 22 décembre 1841 fut louée par une critique et un public enthousiaste. La distribution comptait des artistes illustres et notamment Rosine Stolz et Gilbert Duprez (ainsi que Marius Petipa pour le ballet). Toutefois, George Sand ne témoigna guère de plaisir dans le compte rendu qu'elle fit de cette soirée à Delacroix : "C'était ennuyeux à crever malgré la beauté et la pompe du spectacle. J'espère que vos truffes vous auront donné de meilleures inspirations que La Reine de Chypre n'en a donné à Mr. Halévy."

 

L'action se passe en 1441, pour partie à Venise (les deux premiers actes), pour partie à Chypre. Venise tente de mettre la main sur Chypre en aidant Jacques de Lusignan à remonter sur le trône et en le mariant à Catherine Cornaro. Empoisonné par Venise, le roi meurt et la veuve prend la tête de la résistance, conserve sa régence et contrecarre les plans de la Sérénissime. Sur cette intrigue politique est greffée une intrigue amoureuse puisque Gérard de Coucy, fiancé à Catherine qui l'aime, doit renoncer à l'épouser pour raison d'Etat mais finira par la retrouver et avec la bénédiction du roi agonisant à l'épouser.

 

La reprise d'un opera de Halévy est nécessairement un événement, tant ce compositeur à succès du XIXème siècle n'est passé à la postérité que pour La Juive. L'intérêt du Palazzetto Bru Zane pour l'ouvrage ne pouvaient que renforcer la curiosité et l'impatience. 

 

La direction d'Hervé Niquet, plus inspiré en deuxième partie, comme libérée, a très bien servi une partition qui alterne flamboyances et pompes avec des moments plus intimes dont certains, tels le début de l'acte II avec son chant des gondoliers et sa puissante évocation de Venise, sont extrêmement beaux.  L’Orchestre de chambre de Paris, très à l'aise, est une formation totalement adaptée à ce répertoire. Il en est de même du Chœur de la radio flamande saisissant d'expression et de précision, notamment dans les actes IV et V.

 

La distribution était alléchante. Veronique Gens confirme en tout point sa stature de tragédienne lyrique et d'excellente spécialiste de ce répertoire. Elle est capable d'incarner à la fois la détresse de la jeune fille que le destin accable et la noblesse d'une reine combattante. Son interprétation est incandescente même si elle est plus à l'aise dans le medium et le registre de poitrine que dans les aigus de la partition dont certains sont un peu tirés. Etienne Dupuis est parfaitement convaincant en Lusignan dont il possède les moyens. Le timbre est rond, chaud, tres beau et homogène, la voix capable de s'alléger comme de tonner et son personnage noble et chevaleresque est très réussi. Chritophoros Stamboglis est un Andrea Cornaro convaincant ; sa belle voix de basse tout à fait adaptée à la partition qu'elle affronte avec talent. A l'évidence, Eric Huchet se régale de son rôle de mechant. Et nous avec lui. La tessiture de ténor est exploitée avec beaucoup de naturel et d'aisance. Le ténor Artavazd Sargsyan est aussi un Strozzi reussi, comme le héraut du baryton Tomislav Lavoie. Toute cette distribution chante un beau français, parfaitement articulé.

 

Hélas, trois fois hélas, la partition comporte aussi un très grand rôle de ténor, à l'écriture particulièrement exigeante. Et clairement Sébastien Droy n'est pas taillé pour ce rôle. On nous explique qu'il a été appelé le matin même en remplacement de Cyril Dubois, lui même déjà amené à remplacer Marc Laho et qu'il n'a eu que quelques heures pour étudier le rôle. On nous fait le coup de la malediction et du chanteur qui se dévoue pour sauver la soirée... Certes mais l'honnêteté aurait voulu que la production et le théâtre n'inflige pas un tel supplice au public et que l'artiste ne se commette pas dans un rôle dont il n'a pas les moyens. De fait, il se contente de marquer, ne chante aucun ensemble et ses airs sont à peine chantés, avec un volume quasi inexistant et un recours systematique au falsetto. Les ensembles en sont défigurés et toutes ses interventions sont penibles pour un public qui restera toutefois poli. Dommage, immensément dommage que ce manque de respect du public imputable au seul théâtre ait gâché une résurrection prometteuse et méritée !

 

 

 

Commenter cet article

Bruno Maury 12/06/2017 20:56

Merci Jean-Luc pour cette chronique équilibrée et précise. Quel dommage pour le ténor, et pour le spectacle !

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents