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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


6 juillet 2017 - La Cenerentola (Rossini) à Garnier.

Publié par Jean Luc sur 8 Juillet 2017, 18:07pm

Catégories : #Opera mis en scene

Sous titrée « La Bonta in Trionfo » La Cenerentola est l’un des operas les plus tendres de Rossini, qui du cruel Cendrillon de Perrault fait une intéressante confrontation du naïf sentiment amoureux et du comique de situation, le tout sur un fond de très grande virtuosité qui n’exclut aucun des rôles.  

Disons-le d’emblée, cette nouvelle création parisienne est un colossal raté qui illustre à l’envi que Rossini ne supporte pas la médiocrité et que monter une de ses œuvres, fut-ce pour une fin de saison, suppose une attention et une exigence intraitable.  

Guillaume Gallienne signe une mise en scène qui a décidé, à deux ou trois exceptions, de gommer la dimension comique et le merveilleux pour s’en tenir à une lecture littérale du livret. Ainsi, la terre est supposée trembler et une éruption est singée en fond de scène lorsque le texte évoque le réveil du volcan (des sentiments, de la situation... pas du Vesuve ....) et le palais de Magnifico est parfaitement décrépit... Les décors (Eric Ruf) sont parfaitement laids et si on veut bien admettre les coulées de lave devant la casa Magnifico, leur présence ainsi que celle d’une faille dans le palais royal laissent perplexes.... Quant à l’apotheose d’Angelina les pieds dans la cendre.... À cette mise en scène paresseuse se surajoute une direction d’acteurs défaillante qui n’aide que faiblement les interprètes à caractériser leurs personnages dont les costumes génèrent des confusions (femmes en blanc et hommes en noir... sauf Angelina et son père). Bref tout ceci produit un pesant ennui.  

Ennui aggravé par la direction d’Ottavio Dantone que l’on connaît plus inspiré dans le baroque que dans ce repertoire. Les décalages dans l’orchestre et entre la fosse et le plateau sont nombreux et traités avec négligence par un chef appliqué mais dépourvu d’enthousiasme. A aucun moment il ne parvient à insuffler un peu de génie rossinien à son orchestre anesthésié. Les tempi sont lents, appuyés (et le choix de la harpe - sur lequel tout a été dit - ajoute encore à cette pesanteur), les accélérations poussives... On s’ennuie ferme à l’ecoute de ce travail appliqué mais totalement morose.  

En définitive, si la volonté de nous présenter une Cenerentola sombre et cruelle est revendiquée, on cherche encore ce qui est sombre et cruel dans cette paresseuse mise en scène et cette atone direction. Imposture pure et simple, donc. Une sorte de justification à posteriori d’un travail qui repose peut être (?) sur des parti-pris intellectuels mais qui sont restés insuffisamment travaillés.  

Teresa Iervolino a une voix superbe mais elle n’est pas Angelina. Ses superbes graves seront bien ce qu’il y a de plus sombre dans cette représentation et elle se sort très bien de ce rôle lourd et virtuose, avec de belles ornementations et des vocalises très précises. Mais la qualité et l’agilité de l’aigu sont en retrait par rapport au medium et au grave et ce manque d’homogenéite est très gênant dans ce rôle qui sollicite la totalité de la tessiture. Par ailleurs abandonnée à elle même sur le plateau par son metteur en scène, l’actrice n’est pas des plus convaincantes dans ce rôle de jeune fille naïve, enthousiaste et maltraitée.  

Juan Jose de Leon est le ténor typique pour le rôle de Ramiro. Une voix haute dans le masque, un aigu rayonnant et puissant, un beau vibrato et une belle longueur de souffle en font un interprète des plus prometteurs. Si la virtuosité est palpable, il semble en difficulté dans les accélérations, perdant en puissance, en précision et en clarté. L’acteur est intéressant, prince juvénile et immature bien caractérisé. Grandes qualites de comédien chez Alessio Arduini également ; mais l’intention théâtrale à tendance chez celui-ci à nuire à la prestation vocale, le timbre perdant souvent sa rondeur et sa sonorité dans l’action.  

Le Alidoro de Roberto Tagliavini, justement très applaudi, est imposant. La voix de basse noble est puissante, ample et d’une belle étoffe. Il impose son personnage tout au long de l’ouvrage qu’il occupe en quasi permanence. Face à lui, la basse bouffe expérimentée de Maurizio Muraro ne fait qu’une bouchée du rôle difficile de Don Magnifico, qui devient non seulement ridicule mais également profondément méchant. Chiara Skerath (Clorinda) et Isabelle Druet (Tisbe) sont toutes deux remarquables, mettant leurs belles lignes vocales élégantes au service des deux petites pestes.

Ce fut en définitive une soirée décevante dont le principal défaut a été de ne pas faire honneur au génie créatif de Rossini.   

6 juillet 2017 - La Cenerentola (Rossini) à Garnier.

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