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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


16 octobre 2017 - Giulio Cesare (Haendel) au Théâtre des Champs Élysées.

Publié par Jean Luc sur 19 Octobre 2017, 05:46am

Catégories : #Opera version concert

16 octobre 2017 - Giulio Cesare (Haendel) au Théâtre des Champs Élysées.

 

L’œuvre qui est une des plus célèbres de Haendel est aussi l’archétype de l’opera seria. Cette succession d’airs majeurs à l’expressivité d’un impressionnant modernisme reste,  malgré sa longueur, un des « must  » de l’opéra du XVIIIeme siècle. L’opéra, qui a rencontré le succès dès ses débuts,  a été créé au King’s theatre Haymarket (Londres) le 20 février 1724, avec les gloires de l’époque : Senesino (César), Cuzzoni (Cleopatre).... Après une longue éclipse de près de deux siècles, l’œuvre reparaît en Allemagne au début du XXeme siècle et, depuis le renouveau baroque de la fin du siècle dernier, reste l’opéra italien de Haendel le plus représenté. 

 

La version de concert de ce 16 octobre restera un moment superbe dans la mémoire du public. Lawrence Zazzo impressionne dès son air d’entrée. La voix est puissante, superbement colorée, les aigus sont larges et particulièrement bien assurés. La virtuosité est sidérante, en particulier dans « Al lampo dell’armi » (II)  et « Da quel torrente » (III) qui collent le public à son fauteuil. On regrettera juste des postures un peu trop outrées et grimaçantes qui n’apportent rien au talent de Zazzo ni à son interprétation de Jules César.

 

Giulio Cesare appelle une Cleopatre de haut niveau, tant le rôle est central dans le livret bien sûr mais aussi en raison du grand nombre d’airs somptueux et célèbres qu’elle doit porter. Emöke Baráth est cette Cleopatre. Nous avions déjà été enchanté par sa prestation dans le concert qu’elle avait donné dans ce même théâtre la saison dernière. Mais face à un rôle parmi les plus lourds et les plus exigeants, elle déploie des qualités théâtrales et vocales hors pair. Tour à tour mutine, amoureuse, éplorée, abandonnée, elle est probablement aujourd’hui une des toutes meilleures interprètes du rôle. La voix est superbe, ample, homogène sur tout le registre et parfaitement projetée ; la technique sûre et éprouvée lui permet tant la précision indispensable aux redoutables vocalises du rôle que des piani enchanteurs et des sons filés bouleversants. Son « Piangero » (acte III) a soulevé la salle mais j’ai personnellement été plus touché encore par un exceptionnel « Se pietà di me non senti » (II). 

 

De très haut niveau également, le Ptolémée de Filippo Mineccia. La voix est puissante, rivalisant sans problème avec Zazzo. L’incarnation du « méchant » est savoureuse et le plaisir que prend Mineccia à naviguer dans ces intrigues orientales avec un rien de perversité est perceptible. Le timbre est particulièrement séduisant, offrant une pâte virile à l’appui d’une technique très sure qui lui autorise une palette de nuances très étendue. L’engagement vocal et physique est constant et lui donne une très grande présence scénique.

 

Le Sesto de Julie Boulianne est très intériorisé, peut être un peu trop pour qu’elle soit convaincante dans ce rôle d’adolescent orphelin et vindicatif. Mais la voix est très belle et      la technique est très largement supérieure à ce que requiert le rôle. Si Delphine Gallou est physiquement parfaite en matrone romaine et si son chant est empreint de l’immense dignité de Cornelia, la voix reste petite, trop en tout cas pour le TCE, et la projection est franchement mal maîtrisée. Ces défauts n’existent pas chez le baryton Riccardo Novaro qui navigue avec aisance dans les contradictions et revirements d’Achilla, servis par une voix puissante et séduisante.

 

Au pupitre, Ottavio Dantone, à la tête de Academia Bizantina, impulse des rythmes soutenus et impose une lecture dramatique réelle qui évite les pièges de la solennité facilement empesée que l’on nous sert souvent dans Haendel. Pourtant l’acte I et l’ouverture sont un peu brouillons, imprécis et donne le sentiment d’un matériau brut encore insuffisamment travaillé, maturé. Mais dès le superbe IIeme acte, la cohérence des choix faits s’impose et Academia bizantina peut donner toute sa mesure. Haendel est alors superbement servi, avec une très grande diversité de couleurs et par des instrumentistes de grand talent (ah, ce cor naturel qui accompagne le « Va tacito e nascosto » !).

 

Un Giulio Cesare de très grande classe donc qui eut mérité une salle un peu plus remplie mais qui a compensé les sièges vides par un bel enthousiasme.

 

(photo : J-Y Grandin)

16 octobre 2017 - Giulio Cesare (Haendel) au Théâtre des Champs Élysées.
16 octobre 2017 - Giulio Cesare (Haendel) au Théâtre des Champs Élysées.
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