Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Operaphile

Operaphile

Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


24 octobre 2017 - Macbeth (Verdi) au Théâtre des Champs Elysées.

Publié par Jean Luc sur 27 Octobre 2017, 06:14am

Catégories : #Opera version concert

24 octobre 2017 - Macbeth (Verdi) au Théâtre des Champs Elysées.

 

En dépit des réserves de la critique, la création de Macbeth le 14 mars 1847 au Teatro della Pergola de Florence, connut un succès triomphal. Ce soir là, Verdi fut rappelé près de trente fois. Ce n’est pourtant pas cette version qui nous est familière puisque l’œuvre fut « recréée » au Théâtre Lyrique de Paris le 19 avril 1863 et que c’est en définitive la version italienne de cette « recréation » qui s’imposa.

 

Formidablement expressif, Macbeth est en premier lieu un opera de chef. C’est aussi un opera de chanteuse, Lady Macbeth prenant, avec ses quatre grandes scènes, une place que ne lui confère pas Shakespeare. C’est enfin un opera de chanteurs, l’œuvre requérant un trio de voix masculines de très haut niveau.

 

Gianandrea Noseda propose, à son habitude, une direction précise et extrêmement dramatique. Les couleurs obscures et tragiques sont magnifiquement rendues, et si les tempi sont parfois un peu rapides, jamais Noseda ne met ses interprètes en difficulté. Superbement servie par un orchestre du Reggio de Turin qui déploie une incroyable palette chromatique, Noseda livre une remarquable interprétation de la lente descente aux enfers d’un couple dominé et détruit par sa soif de pouvoir. La pulsation verdienne ne fait jamais défaut, l’absence de temps morts dans l’écriture et la gradation dramatique sont scrupuleusement respectées. Superbe ! Seul choix un peu discutable : celui d’opter pour le final de la version de 1847 au cours duquel Macbeth meurt repentant. Si l’idée est de juger que le superbe choeur final (« Vittoria! ») nuit à la dramaturgie, il eut également fallu couper le Brindisi de l’acte II... 

 

Les chœurs du Regio ont été impeccables. Engagés, homogènes ils livrent un « Patria oppressa » particulièrement remarquable. Sans reproches également, le beau Malcolm d’ Alejandro Escobar et la noble dame d’honneur d’Alexandra Zabala, tous deux excellents. Dans cette œuvre qui n’est pas, loin sans faut, un opera de ténor, Piero Pretti livre un Macduff héroïque. Sa voix et sa technique, très italiennes, font merveille dans « La paterna mano ».

 

Le Banco de Marko Mimica a enflammé le public du Théâtre des Champs Elysées. Très présent physiquement, visiblement un peu tendu, le baryton basse livre un Verdi sans faute et un Banquo d’une grande finesse très au delà de la seule noblesse que lui prête habituellement les interprètes. La voix est chaude, ample et puissante, le timbre sombre est velouté, et la ligne de chant d’une incroyable pureté. Le retrouver bientôt dans le Publius de la Clemenza sera un plaisir !

 

Dans le rôle-titre, Dalibor Jenis m’a moins convaincu. Si son interprétation d’un Macbeth terriblement veule et totalement soumis à son épouse est séduisante, le timbre est un peu trop clair et le registre grave manque de densité et de puissance. Ses piani dans le masque donnent un son comme engorgé et je les trouve assez laids et, surtout, inutiles. Toutefois il traduit à merveille les tourments et les ambiguïtés de Macbeth et son air final (« Mal per me che m'affidai ») est franchement réussi.

 

Redoutable entre tous, le rôle de lady Macbeth exige de savoir parler, de savoir vocaliser, et ne souffre pas le défaut d’expressivité. Quatre airs : virtuosité des vocalises pour « Vieni t’afretta », cantabile de « La Luce langue », virtuosité à nouveau pour le Brindisi entrecoupé des hallucinations de Macbeth, situation compliquée à gérer dans l’expression, et enfin la longue et célèbre scène de somnambulisme du IV et son ré bémol final. Anna Pirozzi affronte crânement tout ça, avec talent et succès. Seul le contre ré de la scène de somnambulisme attaqué piano ne sera pas tenu, ce qui relève de l’anecdote au regard de l’incroyable performance qu’elle livre. Le colorature est excellent, voisine avec un bas médium digne des meilleures sopranos dramatiques et ses aigus sont superbes même si l’effort est visible. L’interprétation est saisissante, servie par des moyens puissants et une incontestable autorité dramatique. Dès sa première note, il est clair que ce pauvre Macbeth n’aura aucune chance... Le timbre à cette raucité indispensable aux grandes Lady et que Verdi a voulu. Il ne manque pas une note à ses vocalises et les graves sont superbes. La scène de somnambulisme, à l’interprétation très dépouillée, est comme mise à nu et en totale rupture avec les scènes de folie de l’opéra romantique italien. Un régal !

 

Amplement salués par un public enthousiaste, les interprètes de cette soirée d’exception nous ont livré, chose rare, un Macbeth authentique, très proche, c’est du moins mon sentiment, de ce que Verdi pouvait souhaiter. 

 

Photo : Jean-Yves Grandin

24 octobre 2017 - Macbeth (Verdi) au Théâtre des Champs Elysées.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents