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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


2 décembre 2017 - Erismena (Cavalli) à l’Opera royal de Versailles

Publié par Jean Luc sur 3 Décembre 2017, 16:08pm

 

 

 

Erismena est créée fin décembre 1655 au Théâtre San Apollinaire de Venise. Alors que Cavalli est le compositeur d’opéra le plus célèbre de Venise, l’oeuvre connaît apparemment un grand succès jusqu’à la fin du siècle, avec de nombreuses reprises en Italie mais aussi à Londres (1674) où elle fut probablement le premier opera représenté. Elle sombrera ensuite dans l’oubli jusqu’à la fin du XXeme siècle.

 

Musicalement il s’agit bien d’un chef d’œuvre à la beauté et à l’inventité musicales indéniables. Digne héritier de Monteverdi, Cavalli s’y tourne déjà vers ce qui deviendra le bel canto dans un remarquable équilibre entre le recitar cantando et les arias, avec des récitatifs qui forment de véritables petits ariosos. 

 

Erismena est née des amours secrètes d’Érimante, roi des Mèdes, avec la princesse héritière d’Armenie. Elle aime Idraspe qui l’a abandonnée pour une autre, Aldimira. Elle se déguise en homme pour le poursuivre, alors que celui-ci est réfugié à la cour d’Erimante sous le nom d’ Erineo. Érimante, sœur ignorée d’Erineo, conduite à la Cour par sa nourrice Alcesta, tombe amoureuse d’Erismena,alors qu’elle est elle même courtisée par Erimante, Erineo et Orimeno aux charmes desquels elle est successivement sensible. Donc dix personnages au total et nombre d’identités cachées et de travestissements, générant confusion des sexes et des sentiments. Evidemment, la scène finale permettra à chacun de se reconnaître et de reconnaître les autres dans un retour à la norme. C’est en quelque sorte une histoire de chaos et d’instabilité dont le point de gravité est Erismena dont la constance, à la différence de tous les autres personnages ne varie pas. C’est aussi une histoire d’amour et de désir, une histoire sexuée dans laquelle la truculence voire la paillardise sont bien présentes. C’est que, créée pour un théâtre privé (et payant), il s’agit pour l’œuvre de remplir la salle et de faire rire. Il y a de l’audace dans cet argument, dont les dieux et les chœurs sont absents et qui est riche en situations très humaines : ode à la vie, à la joie de vivre et à la sensualité.

 

Et c’est précisément ici que cette production venue d’Aix-en-Provence déçoit. Si, au lever du rideau la mise en scène de Jean Bellorini comporte une promesse de poésie évoquant la planète du Petit Prince, on est vite rattrapé par des décors par trop minimalistes, des lumières qui abusent de l’ombre et des costumes d’une laideur qui ne le dispute qu’à la banalité. Cette mise en scène, ignorant très largement le livret - ce que l’on peut comprendre eu égard à la complexité de celui-ci - passé complètement à côté de la célébration de l’amour dans sa forme la moins etheree et de la truculence de l’œuvre. Bref, on ne rit pas et on sourit peu...

 

Et on retrouve ce même défaut dans la direction de Leonardo García Alarcon. Celui-ci est toutefois, à la tête de Cappella Mediterranea, un vrai magicien, diabolique de précision et d’équilibre, donnant à la noblesse et à la poésie de la partition tout leur sens. C’est d’une suprême beauté, servie par des nstrumentistes hors pair. Mais tout cela est très sérieux, très précis : un peu de sensualité et de franche rigolade et on eût crié au miracle.

 

La juvénile distribution emmène l’action avec enthousiasme et grand talent. Et tout d’abord la plus que remarquable Erismena de Francesca Aspromonte. Point de rotation de tout l’ouvrage et de l’action, elle occupe la scène avec une belle personnalité, sa voix impeccablement projetée et au beau timbre sucré rendant à la fois l’émotion et le drame. La diction est particulièrement remarquable.

 

Aldimira est interprétée par une Susanna Hurrell en jolie forme, aux aigus clairs et légers, et dont la voix donne chair à la soif d’amour quasi inextinguible de son personnage. Benedetta Mazzucato est également une belle Flerida, qui parvient à faire exister son personnage secondaire.

 

Côté masculin, trois contre ténors dont deux premiers rôles. Carlo Vistoli, très engagé dans ce rôle compliqué, donne à Idraspe de la crédibilité et de vraies couleurs. La voix est parfaitement posée, très sure, y compris dans d’audacieux changements de registre. Le timbre subtilement sombre est parfait pour constituer le duo dramatique requis avec le somptueux timbre de Francesca Aspromonte. Son Lamento d'Idraspe "Uscitemi dal cor" fut à tirer les larmes. 

 

Plus léger de timbre et de couleurs, Jakub Józef Orliński (Orimeno) maitrise une belle technique, de facture plus traditionnelle que Carlo Vistoli. Les aigus sont clairs et très sûrs, la voix montre de belles dispositions à l’agilité et les talents d’acteurs sont patents. Il forme avec le clair soprano de Susanna Hurrell, le couple opposé, plus lyrique, plus naïf, à celui formé par Aspromonte et Vistoli.

 

Bien qu’un peu emprunté sur scène, Alexander Miminoshvili, belle basse légère, capable de très belles couleurs incarne un Erimante jaloux et vieillissant très convaincant. Les rôles de comparses sont remarquablement tenus, à commencer par l’Argippo remarquable de Andrea Vincenzo Bonsignore, très intéressant baryton au timbre chaud et expressif, et par l’excellente Alcesta archétypale du ténor Stuart Jackson, au physique démesuré dans son tailleur fuschia qui rend (enfin) hommage au burlesque. On a également remarqué le Clerio de Taï Oney Clerio, contreténor, et le Diarte de Patrick Kilbride n’a pas démérité.

 

Très homogène et très engagée dans la caractérisation vocales des personnages, cette distribution est la principale contribution au succès de cette représentation.

 

 

 

PROGRAMME 

 

Dramma per musica en un prologue et trois actes

Livret d’Aurelio Aureli

Créé au Teatro San Apollinare de Venise, le 26 ( ou le 30 ) décembre 1655.

 

Direction musicale : Leonardo García Alarcon

Orchestre Cappella Mediterranea

Mise en scène : Jean Bellorini

Costumes : Macha Makeieff

 

 

Erismena : Francesca Aspromonte

Idraspe : Carlo Vistoli

Aldimira : Susanna Hurrell

Orimeno : Jakub Józef Orliński

Erimante : Alexander Miminoshvili

Flerida : Benedetta Mazzucato

Argippo : Andrea Vincenzo Bonsignore

Alcesta : Stuart Jackson

Diarte : Patrick Kilbride

Moro : Tai Oney Clerio

 

photo Pascal Victor 

2 décembre 2017 - Erismena (Cavalli) à l’Opera royal de Versailles
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