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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


28 janvier 2019 - Les Troyens (Hector Berlioz) à l’Opera national de Paris ( Bastille)

Publié par Jean Luc sur 2 Février 2019, 18:57pm

28 janvier 2019 - Les Troyens (Hector Berlioz) à l’Opera national de Paris ( Bastille)

 

Les Troyens ne fut intégralement représenté que 21 ans après la mort de Berlioz, circonstance fondant l’idée d’une œuvre maudite, par ailleurs vaguement accréditée par l’obsession de Berlioz pour l’Eneide - qui lui fait envisager une vaste fresque dès 1851- et le temps de gestation de l’œuvre  (qui sera provisoirement achevée en avril 1858). Berlioz ne parviendra pas à faire monter l’œuvre n’obtenant que la représentation des Troyens à Carthage par le Théâtre Lyrique. La création scénique devra attendre 1890 à Karlsruhe, en deux soirées successives, et ce n’est qu’à partir des productions anglaises des années 1950 que l’œuvre sera régulièrement reprise. Cette production des Troyens est la troisième depuis l’ouverture de l’Opera Bastille en 1990, inauguré avec cette œuvre. 

 

Dmitri Tcherniakov n’est pas réputé pour des mises en scène littérales et cette production ne fait pas exception. De la guerre de Troie Tcherniakov fait un conflit d’aujourd’hui, dans une ville ruinée, en opposant très efficacement le peuple (côte jardin) aux dirigeants (à cour), en l’occurrence une famille royale sclérosée, au sein de laquelle Cassandre enfant a été abusée par son père. Le cheval de Troie ici c’est Enée qui livre Troie aux grecs.  Les deux premiers actes sont ainsi particulièrement réussis. Les trois actes de Carthage se déroulent dans un décor unique, salle commune d’un centre de soins pour victimes de guerre, éclairé plein feux, avec des costumes moches et aux couleurs criardes. Le travail de Tcherniakov sur cette seconde partie sera copieusement hué avant l’acte V par un public qui rejette à l’évidence cette vision, dont le systématisme trouve il est vrai assez vite ses limites. Et pourtant, cette mise en scène, accompagnée d’une direction d’acteurs d’une précision remarquable, et qui s’intéresse au moindre figurant, est d’une belle efficacité dans l’expression de la vacuité totale des jeux de séduction et d’amour. Bref ce décor, laid, reconnaissons le, finit par donner une intensité  quasi magnétique à certains moments (« Nuit d’ivresse et d’extase infinie » par exemple, qui prend un relief dérangeant et déshabillé de toute mièvrerie dans ce contexte de désespérance).

 

La direction de Philippe Jordan est tout simplement parfaite dans Troie, donnant une lecture flamboyante de cette première partie. Elle m’a semblé moins précise, moins équilibrée dans Carthage, par exemple dans le duo de Didon et d’Anna qui est comme écrasé par la masse sonore de l’orchestre. Mais « Nuit d’ivresse... » fut aussi un pur bonheur. On se demande cependant pourquoi le superbe duo des sentinelles a été coupé, coupure qui est une faute incontestable.

 

Ovationnée après le deuxième acte, Stéphanie d’Oustrac est une Cassandre époustouflante, ardente, habitée par son personnage et ses visions, hallucinée. La vois est à l’aise dan l’immensité de Bastille qui ne semble pas lui poser de problème et la diction est impeccable. De même, Stéphane Degout est un Chorebe de grande classe, au français remarquable.

 

Il en sera de même à Carthage d’un Cyrille Dubois qui livre une jolie interprétation de la sérénade, parfaitement articulée également , même si la voix semble un peu trop poussée. Dans cette deuxième partie c’est l’Anna d’Aude Extremo qui m’a semblé la plus remarquable, la voix au timbre mordoré seyant parfaitement au personnage. 

 

D’une façon générale, les « seconds rôles » appellent tous des éloges si on veut bien oublier le Priam de Paata Burchuladze, dont les moyens vocaux sont considérablement vieillis et affaiblis. J’ai quelques réserves en ce qui concerne la Didon de Ekaterina Semenchuk qui, si elle a les moyens du rôle semble en grande difficulté pour incarner cette femme outragée et désespérée et dont le français n’est pas d’une qualité suffisante pour être à la hauteur du soin que Berlioz a apporté à son texte. C’est un peu le même problème avec l’Enée de Brandon Jovanovic, dont ni les moyens ni la qualité vocale ne sont en cause mais qui semble bien loin de l’esthétique déclamatoire de Berlioz. Ils réussiront pourtant tous deux une très belle performance dans le duo « Nuit d’extase », dans lequel leurs deux voix s’unissent et se désunissent avec beaucoup de grâce. 

 

 

 

Programme et distribution : 

 

Hector Berlioz (1803-1869)

Les Troyens

Opéra en cinq actes

Livret du compositeur d'après l'Enéide

Créé à Paris, Théâtre-Lyrique, le 4 novembre 1863 (Les Troyens à Carthage) et à Karlsruhe le 6 décembre 1890 (La Prise de Troie)

 

Didon : Ekaterina Semenchuk

Cassandre : Stéphanie d’Oustrac

Enée : Brandon Jovanovic

Chorèbe : Stéphane Degout

Anna : Aude Extrémo

Ascagne : Michèle Losier

Hécube : Véronique Gens

Iopas : Cyrille Dubois

Narbal : Christian Van Horn

Hylas : Bror Magnus Tødenes

Panthée : Christian Helmer

Le fantôme d’Hector: Thomas Dear

Deux capitaines troyens : Jean-Luc Ballestra, Tomislav Lavoie

Priam : Paata Burchuladze

Polyxène : Sophie Claisse

Hellenus : Jean-François Marras

Mercure : Bernard Arrieta

 

Mise en scène et décors : Dmitri Tcherniakov

Costumes : Elena Zaytseva

Lumières : Gleb Filshtinsky

Vidéo : Tieni Burkhalter

 

Orchestre et Chœur de l’Opéra national de Paris

Chef des chœurs : José Luis Basso

Direction musicale

Philippe Jordan

 

Crédits photographiques : © Vincent Pontet / Opéra national de Paris

 
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