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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


20 juin 2019 - Madame Favart (Offenbach) à l’Opéra-Comique.

Publié par Jean Luc sur 23 Juin 2019, 13:23pm

Catégories : #Opera mis en scene

 

Célébrant le bicentenaire de la naissance d’Offenbach, l’Opéra-Comique programme Madame Favart, en co-production avec Bru Zane, l’Opéra de Limoges et le Théâtre de Caen. 

 

En perte de vitesse depuis la défaite face à la Prusse et l’effondrement du Second Empire, Offenbach peine alors à renouer avec le succès parisien, ses œuvres étant accueillies assez tièdement par le public et les théâtres lui préférant les ouvrages de Lecocq. Plusieurs fois reportée,  notamment à cause du triomphe des Cloches de Corneville de R. Planquette, la création de Madame Favart n’aura lieu que fin décembre 1878 et remportera un succès immédiat permettant à Offenbach de revenir au 1er plan.

 

Pourtant la partition, même si elle comporte de très jolies choses, n’est pas des plus réussies, pas plus que le livret d’ailleurs, émaillé de longues séquences parlées - en cela conforme au style opéra comique- qui n’apporte pas grand chose à l’œuvre. On perçoit nettement, sans doute trop, la volonté d’Offenbach de reconquérir son public : le livret devient surtout prétexte à enchaîner scènes de genre, airs sentimentaux, airs militaires, pastiches, scènes comiques, scènes grivoises.... sans que la gloire du couple Favart ni d’ailleurs ses rocambolesques aventures ne s’en trouve bien servies. Ceci est aggravé par le choix d’Anne Kessler de situer l’action dans les ateliers de l’Opéra Comique au lieu de la taverne de Biscotin au I, privant de sens les dialogues et l’action sur scène.... D’autant plus dommage, regrettable même, que la direction d’acteurs est très réussie, tout comme les décors et costumes.

 

Sur scène d’ailleurs, les seconds rôles sont époustouflants. A commencer par le remarquable et ridiculement libidineux Pontsablé d’Éric Huchet, ténor-bouffe de grand métier, au chant soigné, raffiné et à l’incarnation irresistible. Bien que leurs rôles soient moins chantants, Franck Leguerinel Cotignac), Lionel Peintre (Biscotin) et Raphaël Bremard (Larose) font preuve d’une très grande présence et deviennent des éléments clés du ressort comique de l’œuvre.

 

L’Hector de François Rougier est un benêt lourdaud bien caractérisé. La projection de la voix est très bonne, le timbre est clair et la voix souple. Le chant manque parfois un peu de nuances mais on doit saluer les beaux aigus émis en force dans le duo tyrolien du III qui est fort réussi et très drôle.

 

Face à lui, la Suzanne d’Anne-Catherine Gillet est toute de grâce et de jeunesse, parfois un peu mutine. La diction est parfaite, le chant très élégant. Assurément avec Huchet la meilleure interprète de la soirée. 

 

Christian Helmer est doté d’une voix puissante au timbre chaud et profond qui donne toute sa sensuelle séduction au personnage de Charles-Simon Favart qu’il compose remarquablement.  Il a semblé un peu gêné par la partition dans la romance du III, qui aurait été superbe si les allègements avaient été réussis.  Mais c’est globalement une fort belle interprétation qui nous a été livrée. 

 

Marion Lebègue est une remarquable actrice et s’engage avec une fougue déterminée dans son personnage, entraînant tout le plateau derrière elle et parvenant à caractériser ses différents travestissements avec un très grand talent. Vocalement, elle m’a laissé plus perplexe. Elle a semblé en difficulté au I, avec un médium pâle, et si ce défaut a disparu ensuite, l’aigu a gardé comme une acidité peu agréable. Si les couleurs sont utilisées avec une grande intelligence, la diction n’est pas toujours parfaite et la projection est parfois un peu gênée par l’abattage effréné dont elle fait preuve. Il n’en demeure pas moins que l’air de la comtesse comme le duo tyrolien au III furent des vraies réussites ! Postérieurement à la rédaction de ce compte-rendu, on m’a informé qu’elle était souffrante ce qui explique  ma perplexité. La performance (et le courage) de Marion Lebègue en devient remarquable.

 

Le Chœur de l’Opéra de Limoges, fort bien equilibré sert l’ouvrage avec entrain et précision. Laurent Campellone est très investi dans cette partition dont il parvient à nous faire oublier les faiblesses. Il entraîne l’Orchestre de Chambre de Paris, très en forme.

 

Ce fut, malgré les quelques faiblesses soulignées ci-dessus, une belle soirée Offenbach, légère et souriante.

 

Programme et distribution : 

 

Jacques Offenbach (1819-1880)

Madame Favart

Opéra-comique en trois actes

Livret en français d’Alfred Duru et Henri Chivot

Créé aux Folies-Dramatiques le 28 décembre 1878

 

Madame Favart : Marion Lebègue

Charles-Simon Favart : Christian Helmer

Suzanne : Anne-Catherine Gillet

Hector de Boispréau : François Rougier

Major Cotignac : Franck Leguérinel

Marquis de Pontsablé : Éric Huchet

Biscotin : Lionel Peintre

Sergent Larose : Raphaël Brémard

Enfant : Solal Dages-Des-Houx

 

Mise en scène : Anne Kessler, sociétaire de la Comédie Française

Dramaturgie : Guy Zilberstein

Scénographie : Andrew D. Edwards

Costumes : Bernadette Villard

Chorégraphie : Glyslein Lefever

Lumières : Arnaud Jung

 

 Chœur de l’Opéra de Limoges - Direction : Edward Ananian-Cooper

 Orchestre de Chambre de Paris

 Direction : Laurent Campellone

 

Crédits photographiques : © S. Brion

20 juin 2019 - Madame Favart (Offenbach) à l’Opéra-Comique.
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M
toujours très agréable de te lire... moi qui ne sort ne sort que très peu maintenant cela me donne une idée de ce qu'il se fait a Paris... Et l'Opéra Comique j'y ai fait mes débuts de mélomanes il y a FORT longtemps !!!!
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