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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


1er juillet 2019 - Don Giovanni (Mozart) à l’Opéra national de Paris (Garnier)

Publié par Jean Luc sur 7 Juillet 2019, 17:51pm

Catégories : #Opera mis en scene

Permettez-moi de renvoyer à ce que je disais de l’œuvre dans un précédent compte rendu de cette oeuvre phare de Mozart (Ici): « "Dramma giocoso" en deux actes, Don Giovanni est créé, sous la direction de Mozart, le 28 octobre 1787 au Théâtre Tyl de Prague. Il s'agit d'une commande, suite au très grand succès que viennent de remporter les représentations des Noces. Le succès sera au rendez-vous des représentations praguoises mais la création à Vienne, au Burgtheater, le 7 mai 1788 sera un semi échec. Depuis lors, le succès de cette œuvre ne s'est pratiquement jamais démenti, et elle figure quasi systématiquement dans la liste annuelle des 10 opéras les plus représentés au monde.

Ce succès est dû bien sûr à la musique de Mozart qui habille un drame des couleurs du "giocoso"et qui alterne de brillante façon la légèreté de la comédie et l'intensité et l'émotion de la tragédie. Il doit aussi beaucoup au livret de Da Ponte. Don Giovanni est un personnage fascinant : présent tout au long de l'œuvre, d'une ambiguïté permanente, d'un cynisme dépourvu de tout recul. Mais il est entouré de personnages tout aussi fascinants (si l'on excepte ce malheureux Don Ottavio). Pas étonnant donc que tant d'histoires, vraies ou fausses, qui saura jamais, circulent : la composition de l'ouverture en trois heures la veille de la première, la contribution de Casanova au livret, le soutien nocturne et libertin apporté à l'inspiration de Da Ponte par la fille de sa logeuse.....

Cette richesse de la musique et du livret ainsi que la complexité des personnages autorisent nombre de lectures de l'œuvre. Il n'en demeure pas moins que cet opéra est une ode à la liberté, ode présentée comme un conte moral et liberté dont tout (et en particulier la musique) nous susurre les dangers : l'immoral et cynique séducteur meurt bien, puni, à la fin de l'oeuvre, mais il meurt en résistant (il refuse le repentir) et sa liberté a brisé les autres personnages (c'est ce qu'exprime le final). »

 

La lecture de l’œuvre proposée, dans cette co-production avec le Met, par le metteur en scène Ivo van Hove m’a laissé un peu perplexe. Don Giovanni est ici un violeur cynique, un assassin lâche, un fade prédateur, peut être même un mythomane dont les succès féminins ne sont que des résultats de viols et non la preuve d’une séduction effrénée. Manque donc à ce Don Giovanni la revendication de la jouissance, du libertinage, de l’amusement, de la contestation politique de l’ordre établi, de la liberté.... Ce parti pris limitant trouve un écho impeccable dans une direction d’acteurs stricte (trop peut être au regard des capacités théâtrales de la distribution qui sont comme bridées), des costumes gris sans éclat, un univers austère de béton et de ville fantôme aux fenêtres aveugles.... Du gris qui ne disparaîtra que pour la scène des masques (aux beaux costumes d’époque) et pour un fleurissement un rien ridicule après la mort de Don Giovanni. Bref une mise en scène qui fait davantage preuve de rigueur et de cooherence que d’inventivité et d’imagination.

 

La direction de Philippe Jordan est très rigoureuse et souligne la richesse de la partition avec un sens aigu du drame et de la noirceur, en cohérence avec la dramaturgie retenue. L’orchestre et les choeurs sont comme souvent au plus haut niveau et répondent parfaitement aux intentions de Philippe Jordan, qui accompagne très attentivement ses chanteurs

 

Etienne Dupuis épouse parfaitement la conception limitée du rôle que lui impose la mise en scène. Prédateur, cynique, foncièrement mauvais, son interprétation de Don Giovanni est intéressante mais semble parfois un peu timide. Coincé dans une vision étriquée du personnage, il ne parvient pas toujours, malgré de réelles qualités vocales, à caractériser son Don Giovanni et son évolution.

 

 

Leporello, dont la gémellité avec son maître est soulignée à l’excès par la mise en scène, revient au baryton-basse Philippe Sly qui se sort avec élégance de ce rôle difficile. On a ici un Leporello juvénile, facétieux, plus embarrassé par les excès de son maître qu’illustrant la révolte de sa classe sociale. Le timbre est brillant, le jeu aisé et très engagé et son air du catalogue est parfaitement exécuté.

 

Nicole Car incarne une fascinante et très moderne Elvira. Le style est impeccablement mozartien, le timbre rond et superbement coloré, les aigus sont précis, et les piani/pianissimi bouleversants. Maîtrisant parfaitement les besoins vocaux du rôle, avec des graves vibrants et sonores, elle livre un « Mi tradi » d’anthologie. Splendide incarnation de la souffrance amoureuse !. 

 

J’ai été beaucoup moins sensible à la Donna Anna de Jacquelyn Wagner dont j’ai trouvé l’interprétation plus convenue quoiqu’irreprochable, faute probablement à un timbre dont les caractéristiques (blanc, froid et acidulé) ne me séduisent généralement pas. Mais il faut souligner une magistrale interprétation du « Non mi dir », véritable exercice d’école. En revanche Stanislas de Barbeyrac donne une inhabituelle épaisseur au rôle d’Ottavio dont il module la moindre note, nuançant à l’infini, avec une longueur de souffle impressionnante. Voix très bien projetée, timbre se pliant aux facettes de l’interprétation, Stanislas de Barbeyrac a été un des chanteurs les plus convaincants de cette soirée. 

 

La Zerlina d’Elsa Dreisig est également très réussie, avec ce qu’il faut de piquant et de sensualité décomplexée. L’aigu est rond et bien projeté, le vibrato est parfaitement maitrisé. Le Masetto de 

Mikhail Timoschenko est juvénile et enthousiaste à souhait même s’il semble parfois en difficulté avec un rôle un peu trop grave pour ses moyens actuels. Le Commandeur de la basse Ain Anger manquait un peu de sonorité et de profondeur, sauf dans la scène finale où il semble retrouver des moyens qui servent la terreur qu’il doit inspirer.

 

Malgré une certaine perplexité quant aux choix dramaturgiques, et des choses assez inégales, ce fut malgré tout une fort belle soirée de musique.

 

Programme et distribution : 

 

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)

Don Giovanni 

Dramma giocoso en deux actes

Livret en italien de Lorenzo da Ponte

Créé le 28 octobre 1787 au Théâtre Tyl à Prague

 

Don Giovanni : Étienne Dupuis

Il Commendatore : Ain Anger

Donna Anna : Jacquelyn Wagner

Don Ottavio : Stanislas de Barbeyrac

Donna Elvira: Nicole Car

Leporello : Philippe Sly

Masetto : Mikhail Timoshenko

Zerlina : Elsa Dreisig

 

Coproduction avec le Metropolitan Opera, New York

Mise en scène : Ivo van Hove

Décors: Jan Versweyveld

Lumières : Jan Versweyveld

Costumes : An D’Huys

Vidéo : Christopher Ash

Dramaturgie : Jan Vandenhouwe

 

 

Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris

Direction musicale : Philippe Jordan

 

 

Crédits photographiques : ©Charles-Duprat-OnP

1er juillet 2019 - Don Giovanni (Mozart) à l’Opéra national de Paris (Garnier)
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