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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


25 septembre 2019 – Les Puritains (Bellini) à Bastille.

Publié par Jean Luc sur 28 Septembre 2019, 18:42pm

Catégories : #Opera mis en scene

Répondant à une commande du Théâtre-Italien en janvier 1834, Les Puritains, sont composés d’avril à novembre et les répétitions commencent peu avant Noël.  La création le 24 janvier 1835 rencontre un immense succès, comme sa reprise londonienne en mai, et le fameux « quatuor » des Puritains (Grisi, Rubini, Tamburini, Lablache) entre alors dans l’histoire de l’opéra. Bellini ne jouira pas longtemps de son succès parisien puisqu’il meurt subitement à Puteaux, en septembre 1835, à l’âge de 34 ans. Le succès des Puritains ne se démentira jamais, même si l’opéra sera historiquement porté davantage par les sopranos interprètes d’Elvira que par des quatuors flamboyants, difficiles à réunir, principalement en raison de l’écriture du rôle d’Arturo, conçu « sur mesure » pour les moyens de Rubini, et qui comporte, excusez du peu, un contre-ut dièse, deux contre-ré et un contre-fa.

Cette production des Puritains est une reprise de celle de 2013 dont j’ai rendu compte en son temps (Ici). Le décor dépouillé est resté beau et continue à offrir un cadre très efficace à l’action. Toutefois, pour un ouvrage déjà plutôt mal adapté aux dimensions de Bastille, le parti pris de laisser très vide l’immense plateau, conduit à priver d’appui les chanteurs en n’offrant qu’une très faible réverbération aux voix. Certaines en semblent parfois un peu sous-dimensionnées.

Pour cette reprise, la direction d’acteurs n’a pas été particulièrement soignée et les interprètes sont un peu laissés à eux-mêmes. De même les mouvements des chœurs sont parfois un peu ridicules. La cohérence du propos et de l’action en souffrent de temps en temps comme, par exemple, lorsque la reine arpente plusieurs fois énergiquement le plateau de cour à jardin puis de jardin à cour flanquée de ses gardes qui la gardent prisonnière et vont subitement disparaitre.

La direction de Riccardo Frizza m’a laissé un peu perplexe. Très analytique et très équilibrée, elle livre de très beaux moments, s’inscrit pleinement dans les lignes mélodiques belliniennes et respecte scrupuleusement les chanteurs qui sont placés au cœur de ce travail. Mais au final, le souffle romantique de l’œuvre est peu présent et surtout, la partition est rendue de façon non homogène, sans progression dramatique et sans rendre l’inventivité de Bellini et ses références au « style français ». De dimension plus réduite que souvent, l’orchestre de l’Opéra livre une belle prestation et les Chœurs, très importants dans cette œuvre sont remarquables.

Au cœur du succès de cette série de représentations, se trouve l’époustouflante Elvira d’Elsa Dreisig. Certes, elle n’a pas tous les moyens du rôle : certains aigus sont un peu trop durs et certaines vocalises un peu savonnées. Certes, elle ne maitrise pas à la perfection le style et la technique belcantistes : les ornementations ne sont pas un modèle d’inventivité ou de prise de risques et certains phrasés « sur le souffle » sont un peu courts. Il n’en demeure pas moins que la voix ensorcelle par sa projection dépourvue de faiblesse, son timbre lumineux et son aptitude à déployer des nuances d’une grande subtilité. Elle incarne une Elvira perdue et effrayée qui sombre rapidement dans une folie préexistante, dont elle ne semble d’ailleurs pas se remettre au final, malgré le « happy end » du livret. Cette incarnation très engagée, incandescente, fait pour une très grande part le succès de la soirée.  

Habitué du rôle, qu’il maitrise de bout en bout, Javier Camarena est un peu le contrepoint d’Elsa Dreisig. Tout en technique et en finesse de style, son Arturo est irréprochable et vocalement très émouvant, même si l’acteur est parfois un peu emprunté. Mais le chant est envoutant, le timbre beau et la vaillance indiscutable, y compris lorsqu’il affronte avec réussite les aigus de la partition, ou le redoutable et acrobatique acte III dans lequel il est excellent de bout en bout, sans effort apparent. Une leçon de chant.

Nicolas Testé est également très investi théâtralement dans son Giorgio, retenu et tout en sobriété dans lequel il déploie sa belle voix de basse, impeccablement maitrisée. Son « Cinta di fiori », au legato remarquable, est un modèle du genre. L’ovation qu’il reçoit au rideau est à la mesure de son interprétation délicate et émouvante.

Je suis plus réservé sur le Riccardo d’Igor Golovatenko qui a connu un début de soirée difficile. Dans le « bel sogno beato », par exemple, la projection était faible, la voix comme engorgée et les vocalises plus que laborieuses. La fin de l’œuvre l’a vu plus à l’aise, notamment dans « Suoni la tromba », peut être entrainé par un Nicolas Testé en très grande forme.

Au-delà du quatuor, les autres chanteurs ont tenu leur partie avec conviction et efficacité, que ce soit Jean-François Marras qui se fait remarquer lors de la première scène, que ce soit Luc Bertin-Hugault qui donne à entendre un Gualtiero déshumanisé ou Gemma Ni Bhriain dont l’Elisabetta est convaincante et pleine de noblesse.

Programme et distribution : 

Vincenzo Bellini (1801-1835)

Melodramma serio en trois actes

Livret en italien de Carlo Pepoli

Créé le 24 janvier 1835 au Théâtre Italien de Pais

 

Elvira : Elsa Dreisig

Lord Gualtiero Valton : Luc Bertin-Hugault

Sir Giorgio : Nicolas Testé

Lord Arturo Talbot : Javier Camarena

Sir Riccardo Forth : Igor Golovatenko

Sir Bruno Roberton : Jean-François Marras

Enrichetta di Francia : Gemma Ni Bhriain

 

Mise en scène : Laurent Pelly

Décors: Chantal Thomas

Lumières : Joël Adam

Costumes : Laurent Pelly

 

Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris

Direction musicale : Riccardo Frizza

 

Crédits photographiques : © Sebastien Mathé / ONP

 

25 septembre 2019 – Les Puritains (Bellini) à Bastille.
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