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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


22 décembre 2021 – Turandot (Puccini) à l’Opéra national de Paris (Bastille).

Publié par Jean Luc sur 24 Décembre 2021, 18:05pm

Catégories : #Opera mis en scene

Créé le 25 avril 1926 à la Scala de Milan sous la direction de Toscanini, Turandot est le dernier opéra de Puccini, dont le dernier acte est inachevé à sa mort en 1924. C’est Franco Alfano qui acheva la composition et l’orchestration, au-delà du suicide de Liu, à partir des notes et indications laissées par Puccini. La composition de l’opéra est difficile, marquée par l’état de santé dégradé de Puccini, qui lutte contre le cancer qui va l’emporter, état de santé qui contribue à une humeur qui oscille entre exaltation et dépression. Au final, c’est un chef d’œuvre qui nait et, même si cet opéra n’a pas, à mes yeux à tort, atteint à la notoriété de Bohême ou Butterfly, on doit saluer, à la suite de Piotr Kamiński « l'audace et la modernité du langage harmonique » et le « souffle sans précédent de l'écriture chorale ». C’est de fait une œuvre époustouflante qui concilie le majestueux et l’intime, dans une immense richesse orchestrale.

Je redoutais un peu le résultat du travail de Bob Wilson qui répète à l’infini son style caractéristique. Mais le style épuré, misant sur la beauté des scènes et la prééminence des éclairages se prête admirablement à la mise en scène de cet opéra hors du commun et en particulier celle de la frigidité névrotique de Turandot. Le travail de Wilson livre ainsi une série de superbes tableaux qui régalent l’œil. En revanche, la gestuelle imposée aux personnages dont on ne sait trop si elle veut évoquer le Nô, les théâtres d’ombre ou les marionnettes, est un gigantesque raté qui confine au grotesque à plusieurs reprises (notamment pour les 3 malheureux Ping, Pang et Pong). De même, alors que le chœur est un personnage à part entière de l’œuvre, il est maintenu en permanence dans l’ombre, livré à lui-même, sans direction scénique, alors que le travail vocal que fait le Chœur de l’Opéra de Paris est superbe.

Elena Pankratova n’est pas une grande Turandot. Le haut du registre manque de tranchant, le suraigu est un peu blanc, les graves tendent à s’effacer et l’incarnation, glaciale, semble reposer plus sur de l’indifférence que sur de l’inhumanité. Et lorsque le personnage s’ouvre enfin au monde et à l’amour, Elena Pankratova peine tout autant à distiller la douceur et le soulagement amoureux.

Le Calaf de Gwyn Hughes Jones est un peu plus convaincant même si la projection est très irrégulière au long de la représentation, notamment dans l’aigu. Le timbre est assez lumineux mais la voix s’engorge par moment.

Liù est interprétée par Guanqun Yu qui se coule avec aisance dans le rôle. Le sentiment amoureux pour Calaf est pleinement perceptible et la voix est belle et bien projetée. Ses pianissimi sont aériens et précis. On regrettera que la mise en scène ne soutienne guère son beau travail d’incarnation de la petite esclave dévouée, contrepoint de Turandot.

Vitalij Kowaljow est un excellent Timur, à la noblesse palpable, servie par une voix sonore et agréable. Carlo Bosi est un Empereur de luxe, à la voix peut être un peu trop juvénile. Enfin, les trois ministres (Alessio Arduini au premier chef dont le Ping est remarquable, Jinxu Xiahou et Matthew Newlin), bien mal servis par la mise en scène qui en fait involontairement des pantins ridicules, sont impeccables : les voix sont belles, s’harmonisent avec élégance, et les interprètes savent rendre l’ironie qui marque leurs personnages.

Gustavo Dudamel procède à une lecture superbe de la partition qui est décortiquée avec soin et attention. La masse sonore de l’orchestre de l’Opéra est parfaitement conduite et maitrisée, au service d’une lecture très analytique de la partition qui déploie toute son ampleur et révèle sous sa direction toute sa richesse. Les équilibres avec le plateau sont assurés tout au long de la représentation et l’émotion, tellement absente de la scène qui ne mise que sur une beauté glacée, surgit des climats inspirés que Dudamel déploie tout au long de la représentation.

Crédits photographiques © Charles Duprat

Programme et distribution :

Giacomo Puccini (1858-1924)

Turandot

Opéra en trois actes

Livret en italien de Giuseppe Adami et Renato Simoni, d’après Carlo Gozzi

Créé à Milan (Teatro alla Scala) le 25 avril 1926

 

Turandot : Elena Pankratova

Calaf : Gwyn Hughes Jones

Liù : Guanqun Yu

Timur : Vitalij Kowaljow

L'Imperatore Altoum : Carlo Bosi

Ping : Alessio Arduini

Pang : Jinxu Xiahou

Pong : Matthew Newlin

Un Mandarino : Bogdan Talos

 

 Mise en scène : Robert Wilson

Co-mise en scène : Nicola Panzer

Lumières : Robert Wilson, John Torres

Costumes : Jacques Reynaud

Décors : Robert Wilson, Stephanie Engeln

Vidéo : Tomek Jeziorski

Dramaturgie : José Enrique Macián

Maquillage : Manu Halligan

 

Chœurs de l’Opéra national de Paris

Maîtrise des Hauts-de-Seine

Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris

 Cheffe de chœur : Ching-Lien Wu

 

Orchestre de l’Opéra national de Paris

 

Direction musicale : Gustavo Dudamel

 

22 décembre 2021 – Turandot (Puccini) à l’Opéra national de Paris (Bastille).22 décembre 2021 – Turandot (Puccini) à l’Opéra national de Paris (Bastille).
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S
Merci beaucoup pour votre article, critique. Turandot est un Opéra redoudable et vous avez su parler des voix comme de la mise en scène que je redoutais également; Il est évident que je préfère l'Opéra de Madame Butterfly, si émouvant! Néanmoins, une mise en scène à Bastille m'a laissée de glace et même récalcitrante)..<br /> Je suis heureuse de vous retrouver sur .Overblog.<br /> Françoise Sérandour, auteur
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