La direction de Philippe Jordan a la tête d'un orchestre en petite forme est décevante. En dépit de quelques moments de grâce (les pizzicati par exemple) l'ensemble de la représentation, après une ouverture désastreuse ou les masses orchestrales ne sont pas en place, le moins que l'on puisse dire est qu'elle distille un puissant sentiment d'ennui.... A de très rares exceptions près, la grâce de Mozart, son énergie, l'ironie mordante de la partition sont absentes de cette interprétation vieillotte.....
Pour ses débuts, Zabou Breitman signe une mise en scène jolie mais qui ne parvient pas à insuffler le rythme nécessaire. La direction d'acteur est certaine et le générique déroulé pendant l'ouverture à la façon d'un film muet est sympa. Mais d'autres moments sont lourds (le gag itératif des selfies, la ridicule "bataille" de l'enlèvement...).
Erin Morley (Konstanze) est bonne musicienne et maîtrise les difficultés du rôle. Mais si l'exécution technique est irréprochable (à des graves un peu courts près et un vibrato un peu trop serré et rapide à mon goût ), elle ne suscite guère d'émotion que dans le Marten aller arten et peine à incarner son personnage. Anna Prohaska est d'un bien meilleur niveau théâtral : son interprétation de Blonde est amusante, fait preuve d'enthousiasme et d'un abattage certain. Le Belmonte de Bernard Richter est assez mauvais : aigus passés en force, justesse très très approximative, vocalises outrageusement savonnées... Peut être une méforme passagère et les tempi ralentis de P. Jordan peuvent ils expliquer cette médiocre prestation.
Lars Woldt est mal distribué en Osmin dont il ne possède pas les graves. Mais la voix est belle, le timbre clair, l'émission et la projection irréprochables et la présence scénique tout à fait intéressante, incarnant un Osmin plus jeune que d'ordinaire et jouant à merveille du ressort comique, ridicule sans jamais forcer le trait. Reste l'excellent Pedrillo de Paul Schweinester, très présent, au timbre très clair et très agréable qui a été pour moi la vraie révélation de cette soirée, tant le chanteur comme l'acteur semblent prometteurs et dotés d'un gros potentiel.
29 octobre 2014 – L’Enlèvement au sérail (Mozart) à Garnier
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