Il y avait quelque chose d’électrique dans l’air du Théâtre des Champs Elysées ce 19 décembre, regroupant un public nombreux venu écouter Jakub Józef Orliński. De cette électricité annonciatrice des grandes soirées.
Et pourtant ça n’a pas commencé au mieux avec, en ouverture du concert, un air de La Calisto à l’écriture trop centrale, qui met comme un voile sur le timbre du contre ténor. L’air de l’Eliogabalo de Boretti montre un Orlinski plus à l’aise avec de superbes notes piquées, avant que l’on retombe à nouveau dans une écriture trop centrale avec le « Crudo amore... » du Claudio Cesare du même Boretti. Ces mauvais choix de programme seront heureusement les seuls de la soirée et le reste de la sélection permet au contraire de mesurer les très grands progrès réalisés par Orlinski. Des très riches et délicates ornementations du Bononcini, au superbe « Pena tiranna » en passant par l’impeccable legato de « Voi che udite » ou les vocalises parfaitement exécutées de l’air extrait du Don Quichotte de Conti, on est rapidement rassuré même si l’interprète, malgré sa volonté d’établir une complicité avec la salle, peine un peu à se libérer.
La libération viendra en deuxième partie. Le « Sempre a si vaghi rai » de Hasse en est la première illustration malgré 2 ou 3 problèmes de justesse. L’écriture tendue est parfaitement adaptée au timbre clair du contre ténor et met en valeur les qualités de la voix et la belle technique de l’interprète. De même, les vocalises de Muzio Scevola lui vont bien, et il réussit à mettre de l’âme dans un morceau aussi technique. Le « Finche salvo e l’amor suo » de Predieri est une aria délicate, interprétée avec légèreté et élégance. Et la deuxième partie est couronnée par le « Che m’ami... » d’Orlandini, vocalisé avec mille nuances et une technique qui semble infaillible.
Face à un public conquis qui lui fait un triomphe, ce sont pas moins de quatre bis qu’offrira Orlinski, chacun d’entre eux accroissant encore plus son succès, jusqu’à l’emblématique « Vedrò con mio diletto » qui met la salle debout.
Il faut saluer Il Pomo d’Oro dont la prestation a très largement contribué au succès de cette soirée. Dansant derrière son clavier, Francesco Corti accompagne Orlinski avec une attention complice et mène son orchestre et ses remarquables solistes vers le meilleur.
Les qualités de timbre et d’interprétation sont intactes malgré la rapidité de la carrière d’Orlinski et sa surexposition. Les progrès techniques réalisés par le contre ténor sont remarquables et, assortis à son charme et son enthousiasme juvénile, en font très certainement désormais un des meilleurs interprètes de ce répertoire. Magistral.
Programme et distribution :
Jakub Józef Orliński, contre-ténor
Il Pomo d'Oro
Direction musicale & clavecin : Francesco Corti
F. Cavalli : La Calisto
Sinfonia
« Erme e solinghe… Lucidissima face »
G. A. Boretti : Eliogabalo
« Chi scherza con amor »
G. A. Boretti : Claudio Cesare
Sinfonia
« Crudo amor non hai pieta »
G. Bononcini : La Costanza non gradita
« Infelice mia costanza »
G. Bononcini : La nemica d’amore fatta amante
Sinfonia
G. F. Haendel : Agrippina
« Voi che udite »
F. B. Conti : Don Chisciotte
« Odio, vendetta, amor »
G. F. Haendel : Amadigi di Gaula
« Pena tiranna »
J. A. Hasse : Orfeo
« Sempre a si vaghi rai »
G. F. Haendel : Muzio Scevola
« Spera, ché tra le care gioie »
L. A. Predieri : Scipione il giovane
« Finche salvo e l’amor suo »
N. Matteis : Don Chisciotte in Siera Morena
Ballo dei Bagatellieri
L. A. Predieri : Scipione il giovane
« Dovian quest’occhi piangere »
G. M. Orlandini / J. Mattheson : Nerone
« Che m’ami ti prega »
Bis
N. Fago : (Il Faraone sommerso)
« Alla gente a Dio diletta »
G. F. Haendel : Riccardo primo
« Agitato da fiere tempeste »
A. Vivaldi : Il Giustino
Il Giustino, « Vedrò con mio diletto »
G. A. Boretti : Eliogabalo
« Chi scherza con amor »
Crédits photographiques : (c) Jean-Yves Grandin
