11 février 2020 - Juditha Triumphans (Vivaldi) au Théâtre des Champs Elysées
« Juditha triumphans devicta Holofernis barbarie » est, à ce jour, le seul oratorio de Vivaldi qui soit parvenu jusqu’à nous. Composé et représenté à l’Ospedale Della Pietà, comme nombre d’œuvres sacrées du Prêtre Roux, Juditha triumphans reprend le récit biblique. Il s’agit d’une commande du pouvoir vénitien destinée à célébrer la victoire sur les Turcs à Corfou, Juditha et Holopherne étant des allégories de Venise et des Turcs. Dans ce contexte, le succès de cette œuvre, qui présente dans sa structure une parenté évidente avec les canons de l’opéra seria, fut considérable.
Liée au lieu et aux moyens de la création (l’Ospedale Della Pietà où enseignait Vivaldi était une institution pour orphelines) la partition ne comporte que des voix féminines : trois contraltos, une mezzo et une soprano.
Marie-Nicole Lemieux interprète une Juditha très convaincante. Très investie, elle est tout en densité, concentrée à l’extrême pour offrir toutes les palettes de son timbre et sa superbe technique à un personnage complexe. Délaissant le recours à des effets trop appuyés, facilité dont elle peut facilement abuser, elle renoue ici avec une pureté baroque sans concession et, pour tout dire, exceptionnelle.
Holopherne, en bon personnage baroque, est à la fois général odieusement triomphant et amoureux béatement transi. D’où la difficulté de son interprétation dont Sonia Prina se tire avec le plus grand bonheur. Les récitatifs sont ciselés, le chant est capable d’autant de sobriété dans les récitatifs que de virtuosité dans les arias plus spectaculaires. Face à une Lemieux tout en tumulte, elle incarne un Holopherne touchant, dont le destin est presque émouvant.
Le Vagaus de la soprano Ana Maria Labin est également très bien caractérisé, plein de nuances. La voix est délicate, précise sur toute l’étendue d’un registre impressionnant. Troisième contralto de la distribution, Benedetta Mazzucato, en Abra, possède un timbre séduisant, aux graves colorés. Le Grand Prêtre, Ozias est interprété par la mezzo Dara Savinova qui mène parfaitement sa partie en demi teinte.
Jean-Christophe Spinosi conduit Matheus avec son habituelle énergie et nous donne à entendre une superbe version de cette Juditha. Mélisme (s) est un chœur de très grande qualité qui livre ici une interprétation émouvante, et qui s’adapte avec aisance à ses différentes interventions et caracterisations.
Programme et distribution :
Antonio Vivaldi (1678-1741)
Juditha Triumphans
Oratorio sacré en deux parties
Livret en latin de Jacopo Cassetti, d'après le Livre de Judith
Créé en novembre 1716 à Venise, Ospedale della Pietà
Judith : Marie-Nicole Lemieux
Vagaus : Ana Maria Labin
Holopherne : Sonia Prina
Abra : Benedetta Mazzucato
Ozias : Dara Savinova
Choeur de chambre Mélisme (s)
Ensemble Matheus
Direction musicale : Jean-Christophe Spinosi
