29 juin 2021 - Concert Jakub Józef Orliński au Théâtre des Champs Elysées.
Depuis ses débuts, Jakub Józef Orliński est en constante progression. Ce constat, déjà fait dans de précédents articles, s’est encore confirmé au cours de ce beau concert. Le timbre d’alto conserve son grain léger, un bas medium remarquable et toute sa clarté mais la projection a gagné en puissance et les aigus en qualité. La technique s’est affirmée avec des appuis plus solides qui lui permettent des trilles souverains et une belle longueur de souffle. Ces acquis techniques lui permettent ainsi de quitter l’élégie qui l’avait fait remarquer et d’aborder des arias héroïques à haut risque et donc de proposer une alternance air lent-air vif – pièce instrumentale.
Il est accompagné avec bonheur par Il Pomo d’Oro - on sait combien j’apprécie cette formation - qui ce soir étincelle superbement sous la direction de Zefira Valova. Le choix des morceaux orchestraux qui émaillent le concert témoigne d’un goût sûr et d’une recherche de rareté qu’il faut saluer. Ils sont exécutés avec enthousiasme et qualité, particulièrement pour leBallo dei Bagatellieri de Nicola Matteis.
De même lorsqu’elle accompagne Orliński, cette formation sait se couler idéalement ans les intentions de l’interprète.
Dès le 1er air (Stille amare de Tolomeo), la salle est sous le charme : l’aria comme le récitatifsont superbement modulés, les contrastes de volume entretiennent l’émotion et les graves sont superbes. L’air d’Unulfo qui suit est une démonstration de bel canto. Dans le Cara Sposa on retrouve ces qualités d’interprétation servies par une abondance de nuances, allant presque jusqu’au murmure ; c’est tout bonnement superbement émouvant. Cet investissement est probablement la cause d’un Furibondo moins convaincant au départ mais qui gagnera en aisance et en bravoure au cours de l’aria. Il sera beaucoup plus à l’aise dans les deux airs de Tolomeo qui suivent, notamment dans un Cielo ingiusto très agile, aux vocalises parfaitement exécutées. L’air de Scipione il Giovane (Predieri) est probablement le sommet de cette soirée avec une écriture qui est parfaite pour la tessiture d’Orlinski : c’est très beau, très incarné et donne une impression de très grandes aisance et maîtrise. Enfin, en conclusion du programme, un Che m’ami ti prega (Orlandini/Mattheson) aux vocalises impeccables émaillées de trilles et d’effets saisissants.
Alors qu’il avait chanté la veille, Orlinski, emporté par les longues ovations du public,chantera trois bis, tous trois d’une qualité exceptionnelle. Comme parfois en bis, la voix est libérée et l’agilité des vocalises est appuyée par un engagement impressionnant, des effets belcantistes très variés, des nuances à l’envi. La reprise du Furibondo est particulièrement remarquable, et bien plus convaincante que la première exécution, plus tôt dans la soirée.
Programme et distribution
Jakub Jozef Orliński, contre-ténor
Il Pomo d’Oro
Direction musicale et violon : Zefira Valova
Georg Friedrich Handel (1685-1759)
Tolomeo, re d’Egitto : « Che più si tarda omai… Inumano fratel… Stille amare »,
Rodelinda : « Un zeffiro spiro »
Pietro Antonio Locatelli (1695-1764)
Concerto à 4, op.1 n°11 en do mineur
Georg Friedrich Handel (1685-1759)
Rinaldo : « Cara sposa »
Partenope : « Furibondo spira il vento »
Nicola Matteis (1650-1714)
Ballo dei Bagatellieri pour le Don Chisciotte in Sierra Morena
Georg Friedrich Handel (1685-1759)
Tolomeo, Rè d’Egitto : « Torna sol per un momento »
« Cielo ingiusto »
Giuseppe Antonio Brescianello (1690-1758)
Ciaccona
Luca Antonio Predieri 1688-1767)
Scipione il giovane : « Finche salvo e l’amore suo »
Giuseppe Maria Orlandini (1676-1760) / Johann Mattheson (1681-1767)
Nerone : « Che m’ami ti prega »
BIS :
Haendel
Riccardo Primo : « Agitato da fiere tempeste »
Giovanni Antonio Boretti (1640-1672)
Eliogabalo : « Chi scherza d’un amor »
Haendel
Partenope : "Furibondo spira il vento".