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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


12 décembre 2022 – La Forza del Destino (Verdi) à l’Opéra national de Paris (Bastille)

Publié par Jean Luc sur 14 Décembre 2022, 22:16pm

Catégories : #Opera mis en scene

Il faut bien reconnaître que le livret de Piave pour la Forza del Destino n’est pas le meilleur qu’il ait écrit. L’action se dilue dans des scènes de genre tout à fait décalées par rapport au drame qui se joue et affaiblit très sensiblement le ressort dramatique de l’œuvre. La narration elle-même accumule des poncifs et des situations peu vraisemblables et la caractérisation des personnages manque de soin et confine souvent à la caricature.

Cette production déjà ancienne (la mise en scène de Jean-Claude Auvray date de 2011) tire néanmoins le meilleur parti possible de cette œuvre inégale. La mise en scène, qui transpose l’action à l’époque du Risorgimento, est particulièrement sobre et les décors réduits le plus souvent à leur plus simple expression, offrant un plateau très nu. Les lumières de Laurent Castaingt sont superbes et donnent quelques tableaux somptueux. En revanche, le dépouillement du décor dessert les voix, dont la projection est limitée par ce dénuement. Enfin, on ne peut que regretter une direction d’acteurs des plus indigentes, qui laisse les solistes trop souvent seuls à l’avant-scène…

La partition regorge de seconds rôles qui sont tous parfaitement tenus, notamment par Carlo Bosi (Trabuco), Florent Mbla (Alcade) ou James Creswell (Il Marchese). Nicola Alaimo est un Melitone truculent, mal embouché et jaloux et sa très belle interprétation est servie par une belle voix, bien projetée. Si Elena Maximova possède les moyens de Preziosilla, le timbre n’est pas des plus beaux et l’interprétation n’est pas toujours très subtile. Le Padre Guardiano de Ferruccio Furlanetto est noble et doté de beaux graves sonores mais le medium est devenu pauvre et sans grande beauté.

Ludovic Tézier est un Don Carlo di Vargas exceptionnel même si sa projection est parfois gênée par l’absence de réverbération du décor. Mais la diction est impeccable, le style parfait et le timbre chaud conserve intactes ses qualités. L’interprétation de ce personnage un rien fat, bouffi d’orgueil de caste et dont les émotions ne passent qu’au prisme d’un sens éculé et ridicule de l’honneur est à l’évidence un sommet de la représentation.

J’ai plus de réserves s’agissant de Russell Thomas. Certes le timbre est beau mais la voix, peut être gênée également par l’absence de réverbération du décor, est parfois peu sonore, l’aigu peine un peu à se déployer et certains moments font apparaître une émission très « en arrière », comme engorgée, qui n’est pas des plus plaisante. L’acteur, peu aidé il est vrai par la mise en scène, a semblé souvent emprunté et le personnage manquait de relief. Néanmoins son « O tu che in seno agli angeli », était superbe et plein d’émotion.

Anna Pirozzi, dont les débuts devaient avoir lieu un peu plus tard dans la série de représentations,  remplaçait Anna Netrebko pour cette soirée de première. J’ai retrouvé avec plaisir ce timbre clair, cette voix large aux graves bien timbrés et aux aigus puissants. Si elle a semblé peu à l’aise au premier acte (les effets du trac ?), le reste de sa prestation est absolument superbe. Son « Vergine degli angeli », ruisselant de nuances était bouleversant, parfaitement soutenu par le très beau tableau proposé par la mise en scène.  Le « Pace, pace, mio Dio »  a été tout aussi exemplaire, puissant et retenu à la fois, avec des sons filés d’une grande beauté.

Chin-Lien Wu avait superbement préparé les chœurs qui ont dominé avec facilité et beaucoup d’expressivité leurs différentes (et nombreuses) interventions.

Enfin, il faut saluer la direction de Jader Bignamini qui fait oublier les faiblesses de la partition et de l’action dramatique. Très attentif à ses chanteurs, il conduit l’orchestre de l’Opéra avec vivacité et précision, soulignant les couleurs, la richesse et l’inventivité de l’écriture de Verdi. Son travail sur les vents et les détails de la partition (notamment ceux confiés aux contrebasses et violoncelles) est tout à fait fascinant.

La soirée s’est achevée en très grand succès, notamment pour Alaimo, Tézier, Pirozzi et Bignamini, très longuement ovationnés.

 

Crédits photographiques : © Julien Benhamou

 

Programme et distribution :

 Giuseppe VERDI (1813-1901)

LA FORZA DEL DESTINO

Melodramma en quatre actes

 

Livret en italien de Francisco Maria Piave, d’après le drame du duc de Rivas Don Álvaro o La fuerza del sino

 

Créé à Saint-Pétersbourg le 10 novembre 1862 (première version) et à Milan (teatro alla Scala) le 27 février 1869 (version définitive)

 

Il Marchese di Calatrava : James Creswell

Donna Leonora : Anna Pirozzi

Don Carlo di Vargas : Ludovic Tézier

Don Alvaro : Russell Thomas

Preziosilla : Elena Maximova

Padre Guardiano : Ferruccio Furlanetto

Fra Melitone : Nicola Alaimo

Curra : Julie Pasturaud

Un Alcade : Florent Mbia

Maestro Trabuco : Carlo Bosi

Un chirurgo : Hyun Sik Zee

 

Mise en scène : Jean-Claude Auvray

Chorégraphie : Terry John Bates

Décors : Alain Chambon

Costumes : Maria Chiara Donato

Lumières : Laurent Castaingt

Collaborateur à la chorégraphie : Paolo Ferri

Cheffe des Chœurs : Ching-Lien Wu

 

Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris

 

Direction musicale : Jader Bignamini

12 décembre 2022 – La Forza del Destino (Verdi) à l’Opéra national de Paris (Bastille)
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