C’est à une œuvre hybride, mi symphonie mi concerto grosso, que revient la première partie de ce concert. Cette symphonie concertante, composée vraisemblablement en 1779, aligne trois mouvements dans lesquels le violon et l’alto dialoguent à parité avec un orchestre plutôt volumineux. Dès les premières mesures de l‘allegro spiritoso, vif et joyeux, on comprend que l’on va vivre un moment de grande émotion. C’est très certainement la sourde tristesse qui émane du 2e mouvement (andantino grazioso) qui était le moment le plus touchant. Mais d’une façon générale, l’alto au timbre chaud et profond d’Amihai Grosz touchait à la grâce et le dialogue virevoltant avec le violon brillant de Julien Chauvin était d’une exquise réussite. Tout comme la direction précise, enjouée, de Julien Chauvin qui fait donner au Concert de la Loge le meilleur de ses sonorités et de ses couleurs.
Après l’entracte, l’orchestre s’est un peu étoffé pour aborder le Requiem. Et je dois dire que le début de l’interprétation ma fait un peu peur, tant l’Introit semblait plat, décharné, sans couleur. Et le miracle se produit dès le Kyrie emporté avec une vivacité bienvenue et des couleurs chatoyantes tant par le Concert de la Loge que par le Chœur de chambre de Namur dont la perfection d’interprétation ne se démentira à aucun moment du concert, notamment dans un Rex Tremendae vraiment bluffant de précision. Une lecture scrupuleuse de la partition suffit à Julien Chauvin pour assurer la dimension dramatique de l’œuvre, si fréquemment surjouée, et nous évite aussi les excès de décibels qui la dénaturent si souvent.
A cette exceptionnelle performance du Chœur de chambre de Namur répondent les quatre solistes qui s’inscrivent aussi avec modestie et sans effets inutiles dans cette très belle proposition artistique. Julia Lezhneva déploie un timbre séraphique et des merveilles de technique même si le chant manque comme souvent un peu d’expressivité et si l’aigu semble se durcir et être affecté d’un vibrato excessivement serré. Le timbre épicé et volontiers sombre d’Eva Zaïcik s’accorde magnifiquement avec le timbre très léger et clair de Mauro Peter et avec les graves bien sonores d’Andreas Wolf.
A la fin de l’œuvre, les archets maintenus en l’air concluent l’œuvre sur un très long silence d’une salle comble, au public manifestement touché par cette superbe interprétation.
Crédits photographiques : (c) Christine Vuagniaux
Programme et distribution :
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
SYMPHONIE CONCERTANTE POUR VIOLON, ALTO ET ORCHESTRE (K. 364)
Alto : Amihai Grosz
Violon et direction : Julien Chauvin
Le Concert de la Loge
REQUIEM en ré mineur (KV 626).
Soprano : Julia Lezhneva
Mezzo soprano : Eva Zaïcik
Ténor : Mauro Peter
Baryton-basse : Andreas Wolf
Chœur de chambre de Namur, chef de chœur Thibault Lenaerts
Le Concert de la Loge
Direction musicale : Julien Chauvin
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