Overblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Operaphile

Operaphile

Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


6 novembre 2025 – LA DAMNATION DE FAUST (H. Berlioz) au Théâtre des Champs-Elysées.

Publié par Jean Luc sur 9 Novembre 2025, 18:00pm

Catégories : #Tenorissimo, #musique française

Le Théâtre des Champs-Elysées programme à nouveau La Damnation de Faust, déjà donnée en mars 2024 (A lire ici) mais cette fois avec mise en scène et non pas en version de concert.

Construit entre 1845 et 1846, à partir des Huit scènes de Faust (1829), dans un style "décousu" assumé explicitement par le compositeur : l’absence d'ouverture, le caractère limité des interactions entre les personnages, la place prépondérante des chœurs et de l'orchestre, un récit narratif davantage contemplatif que descriptif, et enfin la relative faiblesse de l'action dramatique organisée situent en effet cette œuvre davantage dans le monde du poème symphonique, de l’oratorio ou de la cantate que dans celui de l’opéra. Berlioz lui-même parlait d’ailleurs d’opéra de concert.

La création de l’œuvre (1846), sous la direction de Berlioz, fut un échec qui ne permit que deux représentations en version de concert et aucune reprise en France du vivant de Berlioz. Le retour à l’affiche de La Damnation de Faust est daté de 1877 et, depuis cette date, son succès ne s’est pas démenti, rendant justice à une écriture musicale particulièrement riche, inventive et puissamment évocatrice.

Disons-le tout de suite, cette production est un véritable naufrage.

La faute en revient en premier lieu à la mise en scène de Silvia Costa qui est comme une caricature de ce que les mises en scène contemporaines font de pire : insigne pauvreté des décors, ouvrage tiré sans justification ni ménagement vers une interprétation hautement personnelle (pour ne pas dire égocentrée) au détriment de l’œuvre, costumes pauvrets, abus de fumigènes pour nous indiquer que l’action se déroule en milieu surnaturel, rat en cage (pauvre bête), absence de direction d’acteurs (sauf pour ce pauvre Faust, transformé en adolescent agité), orchestre sur la scène dans une position incompatible avec l’harmonie voix-instrument, etc… Bon, on a compris que Faust fait un cauchemar et qu’il s’endort à la fin, bordé par Maman après que Méphisto lui a fait un amical au revoir, mais ce travail qui accumule des idées sans fil conducteur est dépourvu de sens, vain, laid et sans respect pour l’œuvre.

Coté orchestre, on s’en tire à peine mieux.  Jakob Lehmann dirige assez mollement Les Siècles qui, comme livrés à eux même, accumulent les décalages et les problèmes de justesse dans des proportions peu compatibles avec le statut du TCE…. On se demande souvent où est passé Berlioz tant l’interprétation est loin de cette partition foisonnante, inventive et riche que l’on aime tant. Il en est de même avec les chœurs (Radio France) qui, intervenant derrière le décor le plus souvent, sont aussi victimes de décalages et manquent d’homogénéité. Leur préparation, probablement insuffisante, ne leur permet pas non plus de caractériser leurs différentes interventions, tout étant chanté avec une équanimité confondante.

Le plateau est un peu plus intéressant. En premier lieu, la prise de rôle de Benjamin Bernheim, interprète incomparable du Faust de Gounod, est une réussite. La voix est belle, le phrasé est souverain, la diction parfaite, le timbre lumineux et l’aigu d’une grande facilité. Nul doute que, aidé par une mise en scène et une direction d’acteurs correctes ne réduisant pas le personnage à un adolescent agité et fébrile, cette prestation aurait pu être inoubliable. Victoria Karkacheva est vocalement parfaite en Marguerite et sa chanson du roi de Thulé un très beau moment. Mais elle aussi, réduite à une forme déshumanisée, rampant sur la scène le plus souvent, est desservie par la mise en scène. Christian Van Horn dispose d’un bel instrument mais la diction française est très souvent plus qu’approximative et, surtout on cherche en vain dans ses interventions la malice, la méchanceté, la sournoiserie du démon… Thomas Dolié est en revanche tout à fait convaincant en Brander avec une chanson du rat expressive.

Très grosse déception que cette production mollement saluée par un public engourdi et quelques huées.

 

Crédits photographiques © Vincent Pontet

 

Programme et distribution :

LA DAMNATION DE FAUST, légende dramatique en 4 parties de Hector BERLIOZ (1803-1869)

Livret en français d’Hector Berlioz et Almire Gandonnière

Créé le 6 décembre 1846 (version de concert) à Paris (Opéra-Comique) et le 18 février 1893 à Monte-Carlo (Opéra)

 

Faust : Benjamin Bernheim

Marguerite : Viktoria Karkacheva

Méphistophélès : Christian Van Horn

Brander : Thomas Dolié

 

Mise en scène, scénographie, costumes : Silvia Costa

Dramaturgie : Simon Hatab

Scénographie : Michele Taborelli

Lumières : Marco Giusti

 

Chœur de Radio France, direction Lionel Sow

Maîtrise de Radio France, direction Marie-Noëlle Maerten

 

Les Siècles

 

Direction musicale : Jakob Lehmann

 

6 novembre 2025 – LA DAMNATION DE FAUST (H. Berlioz) au Théâtre des Champs-Elysées.
6 novembre 2025 – LA DAMNATION DE FAUST (H. Berlioz) au Théâtre des Champs-Elysées.
6 novembre 2025 – LA DAMNATION DE FAUST (H. Berlioz) au Théâtre des Champs-Elysées.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents