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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


27 janvier 2026 – WERTHER (Massenet) à l’Opéra-Comique

Publié par Jean Luc sur 30 Janvier 2026, 15:07pm

Catégories : #Dive et divi, #Tenorissimo, #musique française

La composition de Werther par Jules Massenet fut un long travail de création qui lui prit près de 10 années entre les premières esquisses et la création. Commande de l’Opéra-Comique, la partition fut néanmoins refusée en 1887 par le directeur du théâtre, le sujet étant jugé trop triste et sans intérêt. C’est alors à Vienne qu’eut lieu la création de cet opéra, dans une traduction en allemand du livret, création dont le succès considérable conduisit la direction de l’Opéra-comique à finalement accepter de monter l’ouvrage. Malheureusement le succès ne fut pas au rendez-vous de cette première française et il fallut attendre 1903 pour que le succès couronne la partition de Massenet, en France du moins.

Cette production de l’Opéra-Comique est une vraie réussite et prendra date dans l’histoire des représentations de Werther tant elle permet de se couler dans une partition chatoyante et une élégance du chant et du texte rarement égalée et qui rend infiniment justice à Massenet.

La mise en scène de Ted Huffman est un modèle de sobriété et d’élégance. Très respectueuse de la musique et du livret, pratiquement dépourvue de décor elle se distingue par une direction d’acteurs scrupuleuse, caractérisant les situations avec soin, évitant toute grandiloquence, et par un usage juste et modéré des symboles. Extrême simplification, sol blanc, murs noirs. La mise en scène ne s’autorise un écart qu’au suicide du héros, qui se coupe les veines sans attendre les pistolets d’Albert –devenus ici inutiles- qui lui sont d’ailleurs portés par Charlotte elle-même.

A la tête de Pygmalion, Raphaël Pichon cisèle une interprétation claire et minutieuse, soucieuse des équilibres internes à la formation. Sa direction donne à entendre une partition d’une très grande variété, marquée par une sobriété parfois un peu abrupte mais qui redonne beaucoup de sens à l’œuvre. Le Prélude est bouleversant de sensibilité, les leitmotivs sont soulignés avec un sens théâtral manifeste et les différents pupitres sont mis en valeur avec délicatesse. La symbiose avec le plateau et les interprètes est totale tout au long de la représentation.

Werther est un des rôles emblématiques de ténor auquel les plus grands se sont mesurés. L’interprétation de Pene Pati est également marquée au sceau de la sobriété et de l’élégance, en parfaite adéquation avec la direction d’orchestre et la mise en scène. C’est là le cœur de la très grande réussite de cette production. Pene Pati est assurément un très grand Werther. Le timbre est clair, lumineux, la diction de la langue française est parfaite et l’interprétation de l’ensemble des airs qui échoient au personnage est absolument irréprochable. Le phrasé est superbe, l’incarnation est foisonnante de nuances, dessinant un Werther intime, moins torturé que souvent mais d’une humanité crédible et d’une douleur mélancolique et presque extatique. La technique est souveraine, particulièrement travaillée pour donner corps à cette vision du personnage. L’aigu qui semble si facile est utilisé à la perfection, tantôt de poitrine, tantôt en voix de tête, parfois en voix mixte.

J’ai trouvé la Charlotte d’Adèle Charvet moins convaincante. La diction est moins impressionnante que celle de son partenaire et l’incarnation est moins stupéfiante. Sa Charlotte manque à la fois de douceur et de contrainte, comme si la réalité du personnage était dans une volonté de s’affranchir des conventions sociales qui sont pourtant ce qui sépare les amants et conduisent Werther au suicide. Ceci étant dit, il y a beaucoup d’incandescence dans son interprétation et l’engagement est total.

En Albert, John Chest semble parfois encombré par un timbre très riche qui sonne comme engorgé. La diction du français est très bonne et le personnage est incarné tout en nuances et en subtilité, loin des maris soupçonneux que l’on nous donne souvent à voir et entendre dans ce rôle.

Julie Roset est une Sophie tout en fraîcheur mais non dénuée de densité. Le personnage en devient plus intéressant que souvent, servi par une très belle technique, un joli timbre très rond et des aigus somptueux.

Le bailli de Christian Immler est un modèle de chant français malgré une projection qui a semblé en difficulté dans le premier tableau, accompagné par les excellents enfants de la Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique. Si Jean-Christophe Lanièce est un Johann de luxe, le déséquilibre du volume et de la technique est trop important avec le Schmidt de Carl Ghazarossian.

Au total donc, une distribution de haute tenue, emmenée par le très remarquable Werther de Pene Pati. L’autre marque de cette production d’excellence est la sobriété, sobriété de la mise en scène, sobriété de la direction, sobriété des interprétations des chanteurs qui ne se livrent à aucun des excès qui sont parfois supposés caractériser le romantisme de l’œuvre.

Le succès que le public réserve à ce Werther est plus que mérité. Courez-y si vous aimez la musique française et le chant !

 

Crédits photographiques : © Jean-Louis Fernandez

 

Programme et distribution :

Werther, drame lyrique en quatre actes de Jules Massenet (1842-1912).

Livret d'Edouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann, en français, d’après Goethe.

Créé le 16 février 1892 au Théâtre impérial de Vienne (en langue allemande) et le 16 janvier 1893 en français à l’Opéra-comique

 

 Mise en scène : Ted Huffman

Costumes : Astrid Klein

Lumières : Bertrand Couderc

 

Werther : Pene Pati

Charlotte : Adèle Charvet

Albert : John Chest

Sophie : Julie Roset

Le Bailli : Christian Immler

Schmidt : Carl Ghazarossian

Johann : Jean-Christophe Lanièce

Kätchen : Flore Royer

Brühlamnn : Paul-Louis Barlet

 

Chœur d'enfants - Maîtrise Populaire de l'Opéra-Comique

Ensemble Pygmalion

 Direction musicale : Raphaël Pichon

 

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