La Calisto est le vingt-troisième opéra de Francesco Cavalli qui a composé à de nombreuses reprises sur des textes du librettiste Giovanni Faustini. La création de La Calisto à la fin de l’année 1651 à Venise est très loin de faire salle comble et les onze représentations successives ne rencontrent guère le succès et l’œuvre ne sera ainsi pas reprise.
Le succès ne sera au rendez-vous qu’au XXe siècle, notamment à compter de la reprise à Glyndebourne en 1970, faisant de La Calisto l’opéra le plus connu de Cavalli, monté à plusieurs reprises sur de grandes scènes et sous la direction de chefs prestigieux.
Le TCE reprend la production donnée au Festival d’Aix en Provence en 2025 avec beaucoup de succès.
Le décor, unique, est celui d’un hôtel XVIIIe siècle dans lequel évolue des personnages aux beaux costumes de la même époque. Cette transposition à un siècle de distance de la création est un peu étrange et on en comprend mal le sens. Il est probable que la mise en scène a voulu souligne le caractère très libertin du livret et a trouvé plus aisé de le transposer au siècle du libertinage. Mais ces choix très arbitraires et très plastiques créent un contraste un peu excessif avec la musique et donne une image lissée et polie à l’extrême qui dénote avec l’action un peu débridée et très érotique de l’ouvrage. A force de faire des clins d’œil au Don Giovanni de Mozart, on perd un peu le spectateur et on dénature franchement le propos de l’œuvre, beaucoup plus léger. Et la fin de la représentation voit, contre tout respect de la mythologie et du livret, la nymphe humiliée assassiner son séducteur. Bref, à choisir le parti pris de libertinage de la metteuse en scène, on aurait préféré plus de cruauté, moins de jolis effets et plus de respect de l’œuvre. Mais au moins cette mise en scène, qui a les défauts de notre époque, ne perturbe-t-elle pas outre mesure l’auditeur même si elle distille un subtil ennui.
Sébastien Daucé fait de son mieux pour combattre cette sensation d’ennui sans parvenir toutefois à la dissiper complètement. L’instrumentation est riche, beaucoup plus qu’à la création de l’ouvrage, et donne à entendre de très belles couleurs au long d’une interprétation subtile et contrastée.
La distribution vocale est d’une façon générale très équilibrée. Elle s’articule autour du triangle formé par Calisto, Jupiter et Endymion.
La Calisto de Lauranne Oliva déroule un très beau phrasé mais la voix présente des légèretés qui siéent mal au personnage torturé, abusé et humilié de Calisto.
L’Endymion de Paul-Antoine Bénos-Djian est une leçon de chant et d’interprétation. Le timbre somptueux du contre-ténor se plie au service d’une interprétation riche et très variée, capable de rendre les différents affects que traverse le personnage, tout à tour plein d’espérance, désespéré, amoureux…
Le baryton basse Milan Siljanov est un formidable Jupiter, roué, madré et dépravé. Sa composition en voix de tête de Diane est moins comique que sulfureuse mais contribue largement au trouble de cette passion lesbienne qui saisit Calisto.
Junon est superbement interprétée par Anna Bonitatibus, débordante de jalousie, de méchanceté et de rancœur. En Diane, Sun-Ly Pierce est une véritable révélation : le timbre est superbe, la voix très bien conduite.
J’ai également beaucoup apprécié le Mercure de Dominic Sedgwick, dont le très beau timbre sert une interprétation qui souligne le caractère servile et malfaisant de son personnage. Zachary Wilder est une Lymphée idéale, dans un chant souple et une interprétation retenue qui évite soigneusement et heureusement les excès comiques. Petr Nekoranec (Pan, une Furie et La Nature), Paul Figuier (Le Petit Satyre, une Furie et Le Destin) et José Coca Loza (Sylvain et une Furie) sont également impeccables et les trios qu’ils composent à plusieurs reprises sont tout à fait intéressants.
Une jolie soirée que cette représentation de La Calisto même si mon ressenti est plus réservé que celui manifesté par la salle qui a réservé un vrai petit triomphe à cette représentation.
Crédit photographique : © Monika Rittershaus
Programme et distribution :
LA CALISTO, dramma per musica en un prologue et trois actes de Francesco Cavalli (1602-1676)
Livret en italien de Giovanni Faustini d'après Les Métamorphoses d'Ovide.
Créé à Venise (Teatro Sant'Apollinare) le 28 novembre 1651.
Mise en scène : Jetske Mijnssen
Scénographie : Julia Katharina Berndt
Dramaturgie : Kathrin Brunner
Chorégraphie : Dustin Klein
Costumes : Hannah Clark
Lumières : Matthew Richardson
Calisto : Lauranne Oliva
Endimione : Paul-Antoine Bénos-Djian
Giove / Giove-Diana : Milan Siljanov
Giunone / Eternita : Anna Bonitatibus
Diana : Sun-Ly Pierce
Linfea : Zachary Wilder
Natura / Pane / Furia : Petr Nekoranec
Mercurio : Dominic Sedgwick
Destino / Satirino / Furia : Paul Figuier
Silvano / Furia : José Coca Loza
Ensemble Correspondances
Direction musicale : Sébastien Daucé
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