La mise en scène de Simon Stone qui en 2019 (LIRE ICI notre compte rendu de l’époque) pouvait encore passer pour novatrice est devenue franchement lourdingue en 2026. Les messages et les captures d’écran de réseaux sociaux projetés sur grand écran sont vite lassants et l’avalanche d’images détourne le spectateur du drame qui se joue devant lui. On avait d’ailleurs en grande partie oublié les images de cette mise en scène inaboutie et centrée sur elle-même. Toutefois, grâce à la musique de Verdi et au talent de certains musiciens, l’émotion affleure parfois. Dans l’immensité de Bastille (la série de représentations de 2019 était à Garnier) les plateaux nus et blancs sont lassants et la scène de la fête chez Flora est encore plus étriquée que dans notre souvenir.
La direction de Marta Gardolińska, qui débute à Paris, est certes d’une grande clarté et réussit de très beaux équilibres mais le choix de tempi ralentis nuit à la progression dramatique, conduit le Ier acte au bord du raté et ne parvient pas à faire vivre l’émotion du grand duo entre Violetta et Germont. L’ensemble est souvent pesant. Les choix musicologiques m’ont semblé identiques à ceux de Mariotti en 2019, évitant assez scrupuleusement les coupures, ce qui donne de l’intérêt à cette interprétation.
La très médiatique et exposée Aida Garifullina est décevante au Ier acte qui exige des moyens qu’elle ne maitrise apparemment pas. Les vocalises sont heurtées, peu précises, le timbre est dur et les aigus sont forcés. Elle sera néanmoins de plus en plus convaincante au long de la soirée et donnera un très beau III, malgré une diction souvent très approximative.
A l’inverse, Xabier Anduaga s’impose dès le I comme un Alfredo de très haut niveau. Le chant est fluide, facile, la voix superbe. La technique est impressionnante, notamment un legato irréprochable et une diction impeccable. Il sait adapter son chant à ses partenaires, notamment à Ada Garifullina qu’il ménage et accompagne.
Le Germont de Roman Burdenko est plus solide et technique que réellement émouvant mais son interprétation est cohérente et de très bon niveau. Le phrasé et la diction sont assez remarquables et son legato fait merveille dans un très beau « Di provenza il mar ».
Les seconds rôles tiennent leur partie avec sérieux et conviction même si seul le Grenvil d’Amin Ahangaran parvient à se distinguer réellement.
A leur habitude, les chœurs de l’Opéra sont impressionnants de force et de caractérisation dramatique.
Au final, une soirée qui m’a laissé un goût d’inachevé et une interprétation qui, malgré l’enthousiasme d’un public conquis d’avance, m’a semblé plus appliquée voire un peu mécanique que véritablement inspirée et dramatique.
Crédits photographiques : © Chloé Bellemère - OnP
Programme et distribution :
Giuseppe Verdi (1813-1901)
La Traviata
Opéra en trois actes
Livret en italien de Francisco Maria Piave
Créé à Venise, Teatro La Fenice, le 6 mars 1853
Violetta Valery : Aida Garifullina
Flora Bervoix : Seray Pinar
Annina : Cassandre Berthon
Alfredo Germont : Xabier Anduaga
Giorgio Germont : Roman Burdenko
Gastone : Nicholas Jones
Il Barone Douphol : Luis-Felipe Sousa
Il Marchese d’Obigny : Florent Mbia
Dottore Grenvil : Amin Ahangaran
Giuseppe : John Bernard
Domestico : Hyunsik Zee
Commissionario : Young-Woo Kim
Mise en scène : Simon Stone
Décors : Bob Cousins
Costumes : Alice Babidge
Lumières : James Farncombe
Vidéo : Zakk Hein
Orchestre et Chœurs de l’Opéra de Paris
Chef des chœurs : Alessandro Di Stefano
Direction musicale : Marta Gardolińska
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