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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


16 octobre 2014 - Tosca à Bastille.

Publié par Jean Luc sur 17 Octobre 2014, 17:27pm

Catégories : #Opera mis en scene

Plutôt belle soirée que cette nouvelle production de Tosca à Bastille. La mise en scène de Pierre Audi est consistante, convaincante et ce n'est pas une mince performance après les très nombreuses reprises de la production de Werner Schroeter. Pas de transposition, pas d'effets surajoutés, juste ce choix de l'omniprésence de l'Eglise et de son oppression. Choix décliné avec une très grande pertinence sur les trois personnages principaux : foi ardente de Tosca, prétexte et outil politique pour Scarpia, rejet et rébellion pour Cavaradossi. La direction d'acteurs est en revanche plus faible et tous ne s'en tirent pas au mieux (voir ci-dessous).


La direction de Daniel Oren est assez calamiteuse.... Le choix de tempi ralentis est systématisé au point qu'on finit par se demander s'il s'agit d'un parti pris esthétique ou d'une difficulté de mise en place des équilibres de l'orchestre.... Et l'on penche pour la seconde option au fur et à mesure du déroulement de la soirée. Mais ce qui pourrait être une simple coquetterie un peu malvenue devient franchement irritant quand cela met en difficultés les chanteurs qui se voient obligés, outre le déploiement de puissance que leur inflige cette salle de travailler une longueur de souffle inappropriée.... avec, inévitablement, quelques respirations mal positionnées.....


La Tosca de Martina Serafin m'a un peu laissé sur ma faim. Elle est parfaite au deuxième acte (même si le Vissi d'arte est couronné par un aigu final très durci et tenu dans des conditions de justesse discutables) mais semble s'économiser au premier et parait en difficulté au troisième au cours duquel les aigus se durcissent et le vibrato s'alourdit dangereusement. Le Mario de Marcelo Alvarez est vocalement impeccable et proprement bouleversant dans Recondita armonia, Ê lucevan le stelle et dans O dolci mani. Engagement sans faille, très belle projection, capable de nuances vraiment impressionnantes passant du piano-pianissimo à la véhémence des Vittoria du 2ème acte, il est vocalement une incarnation parfaite de Cavaradossi. L'acteur est moins à l'aise, peu aidé par l'absence de direction d'acteurs et verse parfois dans la posture empruntée...


Très attendue, la prise de rôle de Ludovic Tezier en Scarpia est un réussite. Le chant est fluide, nuancé, le timbre beau et rond, la voix bien projetée. Il incarne un Scarpia plus "ordinaire", plus humain que la plupart des autres interprétations, évitant de trop forcer sur la noirceur du personnage, insistant davantage sur son cynisme, sa totale absence de scrupule et d'empathie. Sa prestation au deuxième acte, superbement accompagnée par celle de Martina Serafin, donne à cette scène toute son ampleur dramatique et atteint des sommets de tragédie.











16 octobre 2014 - Tosca à Bastille.

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Mpr 17/10/2014 22:35

Merci pour cet article... J'ai ainsi l'impression d'avoir été au spectacle...et j'aime beaucoup Tézier ...

Jean-Luc 18/11/2014 05:26

Merci Philippe pour cette chronique de la troisième (?) distribution. Je partage complètement ce qui est dit d'une direction d'acteurs faiblarde. J'ai souri en lisant que CA petait cote fosse. Generalement, je fuis les prestations de Pido, qui est essentiellement bruyant et qui ne respecte guère les chanteurs....

philippe 17/11/2014 23:04

Dans une des dernières, nouveau chef (Evelino Pido) et nouvelle distribution (Oksana Dyka /Tosca, Marco Berti /Cavaradossi et Serguéï Murzaev / Scarpia). Je suis plus sceptique que Jean-Luc sur la mise en scène : les monumentales croix prennent de l'espace sans que j'y voie quelque fatum ou oppression que ce soit ; les malheureux chanteurs, privés de direction d'acteurs, tournent autour des tables au IIè acte et se réfugient derrière des artifices vieux comme le monde (face public, bras en croix...) et, au IIIè acte, ni château St Ange ni même chute des remparts de Tosca. Ça n'aide pas Oksana Dyka qui déploie de belles formes, une demi-tête de plus que ses deux partenaires - mais aussi une absence totale d'art dramatique. Rarement vu une Tosca aussi peu émouvante. Reste que j'ai passé une bonne soirée : magnifique orchestre dont les cuivres notamment pètent admirablement et une distribution vocale très homogène - dans le style puissant. Dyka est une actrice exécrable mais a une voix claire, nette et son Vissi d'Arte était vraiment réussi; Marco Berti occupe mieux l'espace et développe surtout une puissance sonore assez remarquable (sans que ça hurle); Murzaev était un rien timoré au Ier acte (malgré son costume de quasi nazi) mais plus convaincant dans son duel avec Tosca du IIè.

Jean Luc 17/10/2014 19:24

On partage beaucoup. Maintenant entre la scene et la retransmission ( je comprends que c'est cette dernière que tu as vu) il y a forcément des écarts de perception.... Ne serait ce qu'a cause de l'éloignement de la scene a Bastille. Mais les tempi d'Oren qui poussent sans cesse les chanteurs à la faute, c'est du lourd, du très lourd.....

Franz Muzzano 17/10/2014 19:08

Tout à fait d'accord avec toi sur Oren, absolument catastrophique, ainsi que sur la mise en scène. Tézier, évidemment, est impeccable (même si on sent qu'il n'est pas encore tout à fait remis). Enfin un Scarpia plus complexe, moins "d'une seule pièce" que ce qu'on peut voir habituellement.
Serafin m'a souvent donné le mal de mer, et j'attends toujours qu'elle nous propose des nuances. Le "Vissi d'arte" était à la limite du défendable, et ses problèmes d'aigus sont vraiment trop...criants.
Je serai moins enthousiaste que toi concernant Alvarez. Bon, je ne parle pas de son jeu de scène, il souligne tout par des gestes inutiles (quand Tézier, lui, en fait le minimum et surtout anticipe l'action), ça en devient ridicule. À son crédit, et c'est beaucoup, il cherche tout le temps à "faire de la musique", avec des nuances judicieusement placées, un très beau phrasé, etc. Mais la voix, mon Dieu...En dehors du fait que le timbre est devenu, pour moi, terne, blanc, sans harmoniques, j'ai eu peur pour lui durant tout l'ouvrage (le second "Vittoria" a eu très chaud aux fesses !), chaque aigu autre que pianissimo étant visiblement une épreuve pour lui. La caméra ne l'aide pas, on le sent souffrir trop souvent.
Mais je t'accorde que pour chacun, chanter avec Oren tient de l'exploit !

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