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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


24 janvier 2015 - Niobé (Steffani) au Théâtre des Champs Elysées

Publié par Jean Luc sur 25 Janvier 2015, 10:50am

Catégories : #Opera version concert

Salle comble pour ce qui était présenté comme l'un des événements majeurs de la saison, la résurrection (en version de concert) d'un compositeur injustement oublié. On est clairement dans la musique du 17ème siècle (1688) avec une orchestration un peu répétitive et un sens théâtral (je parle du lien musique - drame scénique) assez balbutiant. Mais deux choses frappent très vite l'oreille : un sens de la voix humaine proprement bouleversant, une capacité à jouer avec ses capacités un peu comme une forme de bel canto très précoce et une liberté dans l'instrumentalisation, dans l'utilisation des masses de l'orchestre que l'on ne retrouvera, loin des codifications baroques et classiques, que dans le romantisme tardif.


Pas moins de neuf chanteurs sur scène dont trois contre ténors. Je n'ai pas été enthousiasmé par le Nerea de Jose Lemos qui charge le personnage d'une dimension comique bien étrangère à l'œuvre. La voix elle même ne présente guère d'intérêt. Le Creonte de Maarten Engeltjes ne manque pas de vaillance. Le timbre est beau mais les moyens vocaux sont un peu en dessous des besoins du rôle et c'est criant à la scène (on se prend à rêver de ce qu'aurait pu faire un Faggioli ou un Valer Sabadus). En Clearte, Aaron Sheehan déploie un beau timbre de ténor mais il est à l'évidence mal distribué dans le répertoire baroque. La Manto de Teresa Wakim est très inégale avec un évident problème de projection sur tout le médium. Vu la belle qualité de l'aigu, peut être un problème de méforme ?


Le Tiberino de Colin Balzer est parfaitement distribué. Très beau ténor baroque, investi et vaillant. Le timbre est souple et chaud, le personnage crédible. Idem du Tiresias de Christian Immler, superbe baryton basse à l'indiscutable noblesse.


Dans ces "seconds" rôles, c'est Jesse Blumberg ( Poliferno) qui m'a le plus impressionné, bénéficiant d'une superbe projection, d'un timbre chaud et très naturel de baryton et abordant avec un égal bonheur les difficultés du rôle, et un sublime "Dal mio petto, o pianti, uscite »


Reste le duo de stars que constitue Karina Gauvin et Philippe Jaroussky. Lui est parfaitement impressionnant et me convainc même dans les airs de bravoure, sur lesquels je suis généralement plus réservé.... L’air « Sfere amiche, or date al labro” évoque la musique des sphères, l’évolution des planètes étant représentée par le rythme obstiné, qui crée un effet de rotation et Jaroussky y est bouleversant. De même, dans son air de colère de la fin de l'acte II « Tra bellici carmi », il est particulièrement convaincant et bouleversant à nouveau dans son air de suicide de l'acte III.


Karina Gauvin, à son habitude, investit chaque son, chaque inflexion de son timbre charnu et somptueux. Rien n'est laissé au hasard et à aucun moment elle n'est à un autre niveau que l'excellence. Tant les airs amoureux avec Jaroussky et Creonte, que le guerrier "In mezzo a l'armi" et surtout le conclusif et terrifiant "Funeste immagini", elle est irréprochable et impressionnante d'intensité.


Distribution :


Paul O’Dette et Stephen Stubbs direction
Karina Gauvin Niobe
Philippe Jaroussky Anfione
Teresa Wakim Manto
Christian Immler Tiresia
Aaron Sheehan Clearte
Maarten Engeltjes Creonte
Jesse Blumberg Poliferno
José Lemos Nerea
Colin Balzer, Tiberino
Orchestre du Boston Early Music Festival

24 janvier 2015 - Niobé (Steffani) au Théâtre des Champs Elysées

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