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Operaphile

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Comptes rendus de spectacles lyriques... entre autres choses....


13 juin 2017 - Le Timbre d’argent (Saint- Saëns) à l'Opéra Comique.

Publié par Jean Luc sur 19 Juin 2017, 18:16pm

Catégories : #Opera mis en scene

 

 

Dernière des trois « résurrections » lyriques programmées dans le cadre du festival parisien du Palazzetto Bru Zane, on attendait avec un peu d’apprehension, après le loupé de la Reine de Chypre, cette représentation.

 

Cette appréhension est dissipée dès les premières notes du prologue dans lequel François-Xavier Roth fait sonner l’orchestre des Siècles avec une grande justesse et un chatoiement de coloris très intéressant, notamment s’agissant des bois. Les effets de placement en coulisses ou dans les galeries sont intéressants même si leur répétition est un peu trop systématique. Cette première impression d’excellence orchestrale ne se démentira pas tout au long de l’oeuvre dont la diversité des inspirations et la richesse de l’orchestration impose une grande flexibilité de l’interprétation.

 

Premier opéra de Saint-Saëns, commandé en 1864, l’ouvrage ne sera créé après d’innombrables péripéties que le 23 février 1877. La version de la création en 1877 était déjà la 4ème mouture de l’oeuvre et Saint-Saëns l’a remanié de façon quasi-continue entre 1864 et 1914, date de la création bruxelloise (et de la dernière représentation du Timbre d’argent). La partition est traversée de façon étonnante par des influences multiples : la grande tradition française à la Berlioz, avec ses motifs, des esquisses de leitmotiv assez wagnériens, des références à Massenet ou à Gounod, des valses, des musiques de cabaret, de carnaval ou de bal populaire..... On peut y voir les influences des grands maîtres sur un talent encore jeune et peu affirmé.... Ou on peut y voir la volonté de Saint-Saens de parvenir à la création de son premier opera quitte à se plier aux exigences, parfois contradictoires et très  étalées dans le temps, de son commanditaire. Mais cette diversité qui pourrait paraître décousue sonne à nos oreilles du XXIème siècle comme une immense ode à la diversité de l’inspiration, et donne une sonorité très moderne à l’ouvrage. Le livret de Barbier et Carré est également une curiosité, fortement empreinte de fantastique : le jeune peintre désargenté et amoureux d’une danseuse aux charmes tarifés reçoit un timbre : chaque fois qu’il le fait tinter, il perçoit de l’or pour séduire sa danseuse mais, en échange, un des ses proches, innocent, meurt. Mais ce n’est qu’un (mauvais) rêve. Ce livret réserve une place centrale au rôle muet de la danseuse.

 

La mise en scène de Guillaume Vincent propose un univers proche du cabaret, du music-hall. Conformément au livret, la danse y est très présente ; Raphaelle Delaunay est impeccable dans ce rôle, ajustant sans cesse sa prestation aux exigences de la musique comme à celles du livret. On pourrait juste regretter que le parti pris du cabaret, voire du cirque, imposé par la mise en scène soit parfois un peu trop appuyé. Pour le reste, peu à dire du travail de mise en scène, très conventionnel, étranger à toute provocation et qui procède d’une lecture du texte au 1er degré. 

 

Accentus fait une belle prestation tant vocale que scénique. On regrettera toutefois une diction parfois un peu approximative, ce qui est dommage s’agissant d’un choeur français dans un ouvrage français... Jodie Devos est charmante dans le rôle de Rosa dont elle fait une amoureuse éperdue et heureuse. Le timbre est beau, la voix chaleureusement agile mais la justesse est très souvent approximative. Son amoureux Benedict est interprété par un très convaincant Yu Shao, ténor au timbre soyeux et qui est facilement ensorcelant dans ses airs et duos amoureux, s’appuyant sur une diction impeccable. Le Spiridion de Tassis Christoyannis est un régal : virevoltant, tout à tour séducteur, menaçant et diabolique, il déploie une voix à la belle projection qui se plie facilement aux intentions changeantes de l’interprète. Seul petit défaut, peut être, un timbre un peu trop clair, insuffisamment assombri pour ce personnage diabolique. Hélène Guilmette est un cas un peu particulier. Son Hélène est une grande interprétation tant que l’ecriture reste dans un medium qui est particulièrement riche et rond. En revanche l’aigu est un peu strident et le bas du registre est à la peine, sanctionnant la diction qui devient un peu pâteuse.

 

Le rôle central et difficile de Conrad est tenu par Edgaras Montvidas, ténor lituanien de grande classe et excellent acteur. La diction est le plus souvent impeccable, le timbre est peu coloré mais mordant et bien projeté. Il en ressort une sorte de raucité qui s’accorde parfaitement à la dimension hallucinée et maléfique du rôle. Il réussit à nous captiver avec ce personnage peu sympathique, présent en quasi permanence sur scène mais peu gâté par la partition en raison de l’absence de « grands airs » dans un rôle néanmoins exigeant et dont la hauteur est par instant redoutable.

 

On l’aura compris, ce sont les interprètes masculins et le chef d’orchestre qui, à mes yeux, ont réalisé les plus belles prestations ce soir.

 

 

 

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13 juin 2017 - Le Timbre d’argent (Saint- Saëns) à l'Opéra Comique.

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